L’Éthiopie et la Chine ont récemment renforcé leurs liens militaires, dans un contexte où la stabilité de la région est de plus en plus remise en question. La nouvelle coopération militaire entre Addis-Abeba et Pékin pourrait-elle redessiner les équilibres de puissance dans la Corne de l’Afrique ?
Lors du 11e Forum Xiangshan de Pékin, un événement dédié aux discussions stratégiques mondiales en matière de défense et de sécurité, le maréchal Birhanu Jula, chef d’état-major général éthiopien, et le général Liu Zhenli, membre influent de la Commission militaire centrale chinoise (CMC), ont scellé un accord visant à rapprocher les deux nations. Cet accord marque une nouvelle étape dans l’expansion de l’influence militaire de la Chine en Afrique, avec pour objectif déclaré la modernisation des forces armées éthiopiennes.
Une coopération militaire à visée stratégique ?
L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, traverse une période de reconstruction après la guerre civile qui a ravagé le Tigré. Ce partenariat militaire avec la Chine vise à moderniser les équipements de l’armée éthiopienne, améliorer la formation des soldats, et surtout renforcer les capacités opérationnelles d’Addis-Abeba face aux menaces internes et régionales. Pour Pékin, cette alliance s’inscrit dans une logique plus large : celle de sa stratégie d’expansion de l’influence en Afrique à travers la diplomatie militaire.
En effet, la Chine voit en l’Éthiopie un partenaire clé dans la région. Située au carrefour des routes commerciales stratégiques et proche du Golfe d’Aden, Addis-Abeba représente une position géographique stratégique pour Pékin, qui a déjà considérablement investi dans les infrastructures éthiopiennes par le biais de sa célèbre « Belt and Road Initiative ».
Les implications pour la région de la Corne de l’Afrique
Toutefois, cette coopération militaire soulève des questions quant à ses répercussions potentielles sur la stabilité de la région. L’Éthiopie, en proie à des tensions internes et frontalières, se trouve au cœur d’une région où les conflits armés, les rivalités ethniques et les incursions djihadistes se multiplient. Alors que certains y voient un renforcement nécessaire de l’État éthiopien pour maintenir l’ordre, d’autres craignent que l’afflux de matériel militaire et l’appui technique chinois n’exacerbent certaines tensions existantes.
D’un autre côté, l’influence chinoise accrue pourrait changer les rapports de force dans la Corne de l’Afrique, une région traditionnellement sous l’influence de l’Occident et des pays du Golfe. Les États-Unis, par exemple, qui disposent d’une base militaire à Djibouti, surveillent de près les mouvements de la Chine dans cette partie du continent.
Une militarisation croissante de la politique étrangère chinoise ?
Le rapprochement sino-éthiopien ne fait pas exception à la règle : la Chine multiplie depuis plusieurs années les accords militaires avec des pays africains. En plus des investissements économiques, Pékin renforce ses relations dans le domaine de la défense pour protéger ses intérêts stratégiques et commerciaux.
En s’alliant avec des États comme l’Éthiopie, la Chine démontre son ambition de devenir un acteur clé dans la sécurité africaine. Les implications de cette coopération vont au-delà de l’Éthiopie elle-même, car elles illustrent un tournant dans la manière dont Pékin exerce son influence sur le continent africain.
Vers un nouvel ordre régional ?
Alors que l’Éthiopie sort lentement de ses conflits internes, l’appui militaire chinois pourrait lui permettre de renforcer son appareil sécuritaire. Cependant, il est légitime de se demander si cette coopération ne risque pas d’aggraver les tensions régionales, voire d’attirer davantage les rivalités géopolitiques mondiales dans la Corne de l’Afrique. Le renforcement militaire sino-éthiopien, bien que prometteur pour Addis-Abeba.
La Rédaction

