Huit décennies après la capitulation nazie, le monde se souvient… mais chacun dans son coin. Le 8 mai 2025, date hautement symbolique marquant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, aurait pu être le théâtre d’une cérémonie internationale d’envergure. Il n’en est rien. Ni sommet multilatéral, ni commémoration globale, ni rassemblement de chefs d’État sous une bannière commune : la mémoire mondiale est morcelée, reflétant les fractures de notre époque.
Une mémoire partagée, mais sans rendez-vous
Le 8 mai 1945 symbolise, pour l’Europe de l’Ouest, la fin du cauchemar. En France, la journée est fériée. À Berlin, cette année, une commémoration exceptionnelle a été décrétée, avec expositions et hommages. À Londres, des concerts et reconstitutions rappellent les heures sombres et glorieuses d’une époque révolue. Même aux États-Unis, pourtant peu enclins à accorder un jour férié au Victory in Europe Day, les vétérans sont à l’honneur dans plusieurs musées et bases militaires.
Mais au-delà de ces mémoires nationales, rien ne relie ces initiatives entre elles. Aucun fil rouge, aucun moment de silence mondial, aucun message unificateur des grandes puissances. Et surtout : aucune volonté affichée de faire de cette date une leçon planétaire de paix durable.
Le poids des fractures actuelles
L’absence d’une commémoration mondiale commune en 2025 en dit long. Le monde ne manque pas de motifs de division. Les tensions entre l’Occident et la Russie, exacerbées par la guerre en Ukraine, ont rendu tout rapprochement symbolique impossible. Moscou, fidèle à sa tradition, commémorera comme chaque année le 9 mai, jour de la Victoire soviétique.
La Chine, de son côté, entretient une mémoire de la guerre marquée par les souffrances subies sous l’occupation japonaise, sans y associer le 8 mai. Quant aux États-Unis et au Royaume-Uni, ils n’ont jamais ancré cette date dans leur calendrier comme une célébration formelle, préférant réserver les grandes messes aux Memorial Day et Remembrance Sunday.
L’ONU, le G7 ou même l’Union européenne n’ont, à ce jour, proposé aucune déclaration commune ou cérémonie conjointe. À défaut de diplomatie du souvenir, c’est la diplomatie du repli qui prévaut.
Une occasion manquée ?
Au moment où les menaces globales — climatiques, nucléaires, géopolitiques — appellent à une conscience collective plus forte, l’oubli d’une mémoire commune interroge. Le 8 mai aurait pu — aurait dû — rassembler les nations autour d’une vérité partagée : celle d’un monde autrefois détruit par les nationalismes, le mépris de l’humanité et l’aveuglement des ambitions.
Mais l’égoïsme des États et les tensions géostratégiques ont eu raison de cet espoir. L’histoire continue, mais la mémoire se fragmente. À l’heure où la paix devient à nouveau un luxe, le monde commémore séparément ce qu’il a jadis gagné ensemble.
La Rédaction

