Le 18 avril 2025, le Zimbabwe a célébré dans la solennité le 45e anniversaire de son indépendance. Mais derrière les drapeaux déployés et les discours officiels, le pays continue de vaciller sous le poids d’un système miné par la corruption, la répression politique et une crise économique chronique. Loin de l’euphorie de 1980, l’indépendance semble aujourd’hui trahie par ceux qui prétendaient en porter l’héritage.
Une démocratie piégée dans l’autoritarisme
Depuis qu’il a pris la tête du pays en 2017 à la suite d’un coup d’État militaire ayant renversé Robert Mugabe, le président Emmerson Mnangagwa promettait un « nouveau Zimbabwe ». Mais les pratiques anciennes ont survécu au changement de visage. Arrestations arbitraires de journalistes, intimidation des opposants politiques, procès montés de toutes pièces : la marge d’expression s’est réduite au silence, et les libertés fondamentales continuent d’être sacrifiées sur l’autel du pouvoir.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent un climat de peur institutionnalisé. Les tribunaux sont accusés d’être instrumentalisés pour neutraliser toute voix critique, et les médias indépendants peinent à survivre sous une pression constante.
L’économie asphyxiée par la corruption
Parallèlement à la dérive autoritaire, l’économie nationale reste en lambeaux. Inflation galopante, chômage massif, pénuries de produits de première nécessité : pour la majorité des Zimbabwéens, la survie est un combat quotidien. La corruption systémique et le népotisme paralysent l’action publique. Selon plusieurs analystes, des fonds destinés à la relance économique sont détournés par les élites proches du pouvoir, tandis que les infrastructures se dégradent et que les services publics s’effondrent.
L’administration Mnangagwa, censée incarner la rupture avec l’ère Mugabe, est aujourd’hui accusée des mêmes maux : clientélisme, enrichissement personnel, et incapacité à rétablir la confiance des investisseurs.
Une contestation muselée mais tenace
Si certains cadres du parti au pouvoir, la Zanu PF, plaident désormais pour une extension du mandat présidentiel, l’opposition, bien que réprimée, appelle au départ de Mnangagwa. Elle l’accuse non seulement d’avoir trahi les promesses de 2017, mais aussi d’avoir aggravé les maux du pays. Pour les militants pro-démocratie, le Zimbabwe mérite mieux qu’une succession de gouvernances autoritaires déguisées en démocratie.
À l’aube de ses 45 ans d’indépendance, le Zimbabwe se retrouve à un carrefour dangereux : poursuivre sur la voie d’un autoritarisme maquillé, ou oser une transition politique réelle. Une chose est sûre : la jeunesse zimbabwéenne, privée d’opportunités et porteuse d’un regard lucide, ne croit plus aux promesses creuses. L’indépendance ne suffit plus : c’est de justice, de dignité et de responsabilité que le pays a besoin.
La Rédaction

