Sensibiliser massivement ne suffit plus. Après avoir touché plus de 2,3 millions de personnes en 2025, le dispositif togolais de lutte contre le VIH entre dans une phase où l’enjeu n’est plus seulement d’élargir la prévention, mais de mieux cibler les publics, rapprocher le dépistage et adapter les outils aux nouveaux usages.
Les chiffres présentés par les autorités sanitaires montrent l’ampleur de l’effort engagé. Les actions de prévention ont concerné en priorité les jeunes de 15 à 24 ans, les femmes en âge de procréer, mais aussi la population générale. Dans le même temps, près de 700 000 personnes ont eu accès au dépistage et environ 20 millions de préservatifs ont été distribués.
Pris isolément, ces volumes traduisent une capacité croissante à diffuser les messages et les moyens de prévention. Mais la lutte contre le VIH ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes sensibilisées. Elle se joue aussi dans la capacité à transformer l’information reçue en comportements durables, à identifier rapidement les nouvelles infections et à maintenir les personnes concernées dans le parcours de soins.
Passer de la couverture de masse à une prévention plus ciblée
Le défi devient donc plus qualitatif. Certains publics restent plus exposés que d’autres, tandis que les obstacles au dépistage peuvent varier selon l’âge, le lieu de résidence, la situation sociale ou la peur de la stigmatisation.
Dans ce contexte, une stratégie uniforme atteint rapidement ses limites. L’efficacité dépend de plus en plus de la capacité à proposer le bon outil au bon public : campagnes classiques pour certains, interventions communautaires pour d’autres, dépistage plus accessible ou dispositifs numériques pour ceux qui restent éloignés des structures sanitaires.
Cette évolution devrait occuper une place importante dans le prochain Plan stratégique national 2027-2030. Réseaux sociaux, plateformes numériques, accompagnement interactif et auto-dépistage guidé sont appelés à prendre davantage de poids dans le dispositif.
Le numérique ne constituera toutefois pas une solution automatique. Il peut réduire certaines barrières d’accès, particulièrement chez les jeunes, mais il devra rester articulé à des services capables d’assurer confirmation du diagnostic, orientation médicale, traitement et suivi.
La transmission mère-enfant, indicateur décisif
Les évolutions enregistrées chez les femmes enceintes vivant avec le VIH donnent une autre mesure des progrès accomplis. La couverture thérapeutique s’est améliorée entre 2024 et 2025, tandis que la transmission du virus de la mère à l’enfant a reculé.
Cette combinaison est particulièrement importante : lorsqu’une femme vivant avec le VIH est dépistée suffisamment tôt et correctement prise en charge, le risque de transmission au nouveau-né peut être fortement réduit.
Le résultat rappelle surtout que les avancées les plus solides apparaissent lorsque prévention, dépistage et traitement fonctionnent comme une seule chaîne plutôt que comme des interventions séparées.
À l’approche de la nouvelle stratégie 2027-2030, le Togo semble ainsi entrer dans une nouvelle étape. Après avoir élargi considérablement la portée de la prévention, le prochain défi sera moins de parler au plus grand nombre que de s’assurer que chacun puisse accéder, au bon moment, au moyen de prévention, au dépistage ou au traitement dont il a réellement besoin.
La Rédaction

