Le mensonge en direct du Bureau ovale
C’est une scène surréaliste qui s’est jouée à la Maison-Blanche : Donald Trump, en pleine démonstration devant le président sud-africain Cyril Ramaphosa, a brandi une vidéo censée illustrer des massacres de fermiers blancs en Afrique du Sud. Mais les images venaient… de République démocratique du Congo.
La scène se voulait solennelle, elle a viré à la farce diplomatique. Lors d’une rencontre tendue avec Cyril Ramaphosa, le président américain a évoqué un prétendu « génocide » des Afrikaners. Pire encore : il a diffusé une vidéo de plus de quatre minutes, assurant qu’elle montrait « plus de 1 000 sites funéraires de fermiers blancs » victimes de violences raciales.
En réalité, le mémorial montré concernait un couple tué en 2020, bien connu en Afrique du Sud — mais pas les « milliers de victimes blanches » dont Trump voulait faire l’étendard de sa rhétorique. Et comme si cela ne suffisait pas, une seconde « preuve » brandie par le milliardaire populiste s’est révélée tout aussi erronée.
Une image volée à la RDC
Un article d’American Thinker, média conservateur pro-Trump, montrait une capture d’écran issue d’une vidéo tournée par Reuters… à Goma, en République démocratique du Congo. On y voit des travailleurs humanitaires transporter des sacs mortuaires à la suite d’affrontements meurtriers entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23. Le cliché n’a rien à voir avec l’Afrique du Sud, comme l’a confirmé Reuters.
Djaffar Al Katanty, vidéojournaliste pour l’agence, s’est dit « choqué » de l’instrumentalisation de son travail : « Ce jour-là, j’ai négocié avec les M23 pour accéder à la fosse commune. Trump a utilisé cette image pour convaincre le monde que des Blancs sont massacrés par des Noirs en Afrique du Sud. C’est un mensonge, un détournement. »
Quand la fiction l’emporte sur les faits
La Maison-Blanche, contactée, n’a pas répondu. De son côté, Andrea Widburg, rédactrice de American Thinker, a reconnu dans un courriel que Trump avait « mal identifié l’image », tout en maintenant sa ligne éditoriale sur « la pression exercée sur les Blancs en Afrique du Sud ».
Ce glissement entre faits et fantasmes illustre une stratégie bien rodée : raviver la peur des Blancs persécutés pour alimenter la théorie du « Grand Remplacement », largement relayée par l’extrême droite mondiale. Or, les statistiques officielles sud-africaines, bien qu’incomplètes, n’attestent nullement d’un génocide ou d’une campagne ciblée contre les fermiers blancs.
Impassible lors de la diffusion de la vidéo, Cyril Ramaphosa a demandé des précisions à Trump sur la localisation des images. Le président américain est resté muet.
La Rédaction

