Dans le cadre de sa politique de décentralisation, le Togo a franchi une nouvelle étape clé avec l’examen, en Conseil des ministres du jeudi 13 février 2025, d’un projet visant à instaurer des Conférences Administratives Régionales (CAR) et Préfectorales (CAP). Ces instances de concertation ont pour ambition de structurer le dialogue entre l’État et les territoires afin d’optimiser la mise en œuvre des politiques publiques locales.
Une avancée majeure pour la gouvernance territoriale
Porté par le ministère de l’Administration territoriale, ce projet s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2019 pour renforcer la décentralisation. Les CAR et CAP auront pour mission de :
• Faciliter la coordination entre les représentants de l’État (gouverneurs, préfets) et les élus locaux (maires, conseillers régionaux).
• Harmoniser les programmes de développement pour éviter les doublons et maximiser l’impact des investissements publics.
• Assurer un suivi rigoureux des projets étatiques et locaux, en veillant au respect des délais et des budgets.
« Il s’agit de créer un cadre formel de dialogue pour concilier les priorités nationales et les besoins spécifiques des territoires », a expliqué un membre du gouvernement sous couvert d’anonymat.
Structure et fonctionnement des nouvelles instances
Le Togo compte aujourd’hui 5 régions, 39 préfectures et 117 communes. Les CAR et CAP s’articuleront autour de cette architecture existante :
• Conférences Administratives Régionales (CAR)
Pilotées par les gouverneurs, elles réuniront les préfets, les maires de la région et des représentants des ministères concernés (santé, éducation, infrastructures). Objectif : valider les plans régionaux de développement et résoudre les blocages entre préfectures.
• Conférences Administratives Préfectorales (CAP)
Placées sous l’autorité des préfets, elles associeront les maires, les chefs de services déconcentrés de l’État et les représentants des communautés locales. Leur rôle : adapter les projets aux réalités locales et garantir leur exécution transparente.
Une réponse aux défis de la décentralisation
Depuis la généralisation des élections locales en 2019, le Togo a progressivement transféré des compétences aux communes (gestion de l’eau, entretien des routes, éducation primaire). Cependant, des tensions persistent entre l’administration centrale et les élus locaux, notamment sur :
• Les ressources financières : les communes dénoncent régulièrement des retards dans le transfert des fonds d’accompagnement.
• Les chevauchements de compétences : certains projets sont paralysés par des conflits de légitimité entre maires et services de l’État.
Les CAR et CAP devraient permettre d’atténuer ces tensions. « Ces instances ne sont pas des gadgets. Elles donneront aux maires un droit de regard sur la planification et l’exécution budgétaire », souligne Kodjo Attisso, maire de la commune Golfe 5 (Lomé).
Réactions et attentes
• Gouvernement : Le ministre de l’Administration territoriale, Payadowa Boukpessi, a salué une « réforme pragmatique pour rapprocher l’État des citoyens », rappelant que « la décentralisation est un pilier du Plan National de Développement 2025-2030 ».
• Élus locaux : Si l’initiative est globalement bien accueillie, certains maires demandent des garanties sur la pérennité des financements et la formation des agents territoriaux.
• Experts : Pour le politologue Comi Toulabor, « ce dispositif peut fonctionner si les CAR/CAP ne deviennent pas de simples chambres d’enregistrement des décisions prises à Lomé. La clé sera l’autonomie réelle des débats ».
Prochaines étapes
Le projet de loi sera soumis à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Son adoption semble acquise, l’UNIR détenant une majorité absolue. Les premières CAR et CAP pourraient être opérationnelles dès juin 2025, en cohérence avec le calendrier de déploiement des budgets régionaux.
Vers une décentralisation apaisée ?
Avec cette réforme, le Togo affiche sa volonté de concilier unité nationale et aspirations locales. Reste à voir si ces instances incarneront un véritable partage du pouvoir ou si elles serviront avant tout à légitimer une centralisation persistante. Pour les populations, l’enjeu est concret : voir émerger des routes mieux entretenues, des écoles équipées et des dispensaires fonctionnels. La réussite des CAR et CAP se mesurera à l’aune de ces réalisations de terrain.
La Rédaction

