La transition énergétique togolaise se joue aussi autour des marmites. Après une première phase ayant bénéficié à près de 107 000 ménages dans trois régions, les autorités visent désormais plus de deux millions de foyers. Pour changer d’échelle, elles misent sur un partenariat avec des entreprises du marché carbone. L’enjeu dépasse la distribution de fourneaux : transformer durablement les habitudes de cuisson, sans faire peser le coût de cette transition sur les familles les plus modestes.
Une ambition soutenue par le marché carbone
Dans les régions Maritime, des Plateaux et Centrale, les foyers améliorés ont constitué le premier levier du programme. Leur diffusion doit être étendue grâce à un protocole conclu avec Valor Carbon Ltd, Valitera Pte Ltd et Arborify SA, autour d’un financement annoncé de plus de 4,8 milliards de FCFA.
L’intervention de spécialistes du carbone ouvre la voie à un modèle où les réductions d’émissions pourraient contribuer au financement des équipements. Mais la signature d’un accord ne renseigne pas, à elle seule, sur les décaissements effectifs ni sur les économies de carbone qui seront vérifiées.
Le véritable arbitrage se fait dans les ménages
Pour une famille, la question reste concrète : combien coûte l’équipement, quelle quantité de charbon ou de bois permet-il d’économiser et répond-il aux habitudes culinaires ? Faute de réponses satisfaisantes, un foyer distribué peut coexister avec le dispositif traditionnel, sans en réduire suffisamment l’usage.
Le bénéfice sanitaire exige la même prudence. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que tous les foyers améliorés utilisant du bois ou du charbon n’atteignent pas les seuils de pollution compatibles avec une cuisson réellement propre.
Des investissements à traduire en usages durables
Le Pacte national pour l’énergie prévoit 80 % d’accès à des solutions de cuisson propre d’ici 2030, tandis que l’extension du programme de foyers améliorés est envisagée jusqu’en 2032.
Entre ces échéances, la mesure du progrès ne pourra se limiter au nombre d’équipements distribués. Elle devra aussi porter sur leur utilisation régulière, les économies de combustible et les bénéfices sanitaires et environnementaux effectivement constatés.
La réussite du programme dépendra ainsi autant de l’accessibilité des technologies que de la solidité des financements mobilisés. Car une transition énergétique ne se décrète pas dans les foyers : elle doit devenir économiquement avantageuse et durablement adoptée.
La Rédaction

