Chaque jour, le long des grands axes urbains de Lomé, des motos transportent des bidons d’essence de contrebande, communément appelée « boudè ». L’un des points les plus critiques se situe sur l’axe rond‑point Tokoin Trésor en direction de l’ATBEF, à proximité immédiate de l’école Gbonvié, fréquentée par des enfants. Ce phénomène, connu mais trop souvent sous-estimé, constitue une menace permanente pour la sécurité civile et interroge sur la capacité de l’État et des communautés à protéger les populations.
Le « boudè » : un carburant aux origines troubles

Au Togo, le mot « boudè » désigne l’essence de contrebande ou frelatée, acquise en dehors des circuits officiels et vendue le long des routes. Sa commercialisation repose sur la rapidité et l’informalité, et il circule souvent sur des motos à grande vitesse pour éviter les contrôles.
Malgré les opérations répétées des forces de l’ordre, les saisies restent ponctuelles : plus de 70 000 litres de carburant illégal ont été interceptés en six mois, soulignant l’ampleur du problème et la résilience de ces réseaux.
Le phénomène n’est pas limité à Lomé : il s’inscrit dans une dynamique régionale où la demande pour des carburants bon marché alimente un marché parallèle florissant.
Les risques immédiats pour la population
Risque d’explosion et d’incendie
Transporter du carburant en bidons sur des motos représente un danger extrême. Une chute, un choc ou une fuite peut déclencher un incendie instantané, transformant un simple accident de circulation en drame de masse, surtout aux abords d’une école ou d’un centre social.
Danger pour les enfants et piétons
L’axe Tokoin Trésor, avec ses écoles et centres de services sociaux, concentre un flux dense de piétons et d’enfants. La vitesse excessive des motos transportant le boudè multiplie le risque d’accident grave ou fatal.
Impact sur la sécurité routière et la société

Ces pratiques alimentent la sinistralité routière, déjà élevée au Togo. Les motos transportant des bidons de carburant deviennent des bombes à retardement sur les routes urbaines, menaçant non seulement les conducteurs mais aussi les usagers innocents et les habitants des quartiers traversés.
Conséquences économiques et environnementales
Le marché parallèle du boudè prive l’État de revenus fiscaux vitaux, limite les ressources pour les infrastructures publiques et expose les moteurs à des carburants de mauvaise qualité, engendrant coûts économiques et environnementaux à long terme.
Réponse des autorités et limites actuelles
Les forces de l’ordre multiplient les opérations de contrôle et de saisie. Cependant, la rapidité et l’ingéniosité des trafiquants, ainsi que la demande continue de carburants bon marché, limitent l’efficacité de ces interventions. Il devient donc impératif de compléter la répression par des mesures préventives et un renforcement global de la protection civile.
Élever le niveau de protection civile : un impératif

Pour limiter le risque, plusieurs mesures sont essentielles :
Présence accrue de la police et des unités de contrôle sur les axes sensibles, notamment aux heures d’entrée et de sortie des écoles.
Campagnes de sensibilisation ciblées pour alerter les conducteurs, parents et élèves sur les dangers du boudè transporté à moto.
Renforcement de l’accès à l’essence légale, avec plus de stations-service et une distribution équitable, pour réduire l’attractivité du marché parallèle.
Mobilisation des communautés : les habitants peuvent signaler tout mouvement suspect de manière sécurisée, favorisant une vigilance collective.
Le transport du boudè à moto n’est pas un simple commerce informel : c’est une bombe à retardement pour les civils, particulièrement pour les enfants et les populations vulnérables. Si l’État agit déjà, la mobilisation citoyenne, la prévention et la sécurité civile renforcée restent des outils indispensables pour transformer cette menace en une gestion responsable, salvatrice pour la population.
Le Togo se trouve à un point crucial : protéger ses civils contre le risque mortel du boudè à moto n’est plus une option, c’est une urgence nationale.
La Rédaction

