Dans le nord du Togo, la terre n’est pas qu’un outil de production, c’est un rapport de pouvoir. À Dapaong, le gouvernement a choisi d’attaquer frontalement l’un des blocages les plus silencieux du monde rural : l’exclusion persistante des femmes de l’accès sécurisé aux terres cultivables.
Réunissant coopératives agricoles, autorités locales et leaders communautaires, le ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’enfance a recentré le débat là où il fait mal. Tant que les femmes produiront sans droits fonciers, l’agriculture restera sous-performante et socialement déséquilibrée.
Car le paradoxe est connu : les femmes constituent l’essentiel de la main-d’œuvre agricole, interviennent sur toute la chaîne de valeur, mais cultivent le plus souvent des parcelles précaires, prêtées ou tolérées. Cette insécurité bloque l’investissement, limite l’accès au crédit et freine la modernisation des exploitations.
L’approche retenue se veut pragmatique. Plutôt que d’imposer des réformes théoriques, l’État mise sur le plaidoyer auprès de ceux qui détiennent le pouvoir foncier réel : autorités traditionnelles et collectivités locales. Objectif assumé : faire évoluer les pratiques sans rupture, mais avec des résultats mesurables.
Dans la région des Savanes, où les défis agricoles sont aggravés par la pression climatique et économique, sécuriser l’accès des femmes à la terre apparaît désormais comme un levier stratégique. L’initiative, inscrite dans le Projet d’autonomisation des femmes rurales, sera étendue aux régions des Plateaux et de la Kara.
Derrière la question foncière, une ligne politique se dessine : sans justice d’accès à la terre, il ne peut y avoir ni agriculture durable, ni développement réellement inclusif.
La Rédaction

