Au Palais de justice de Damas, une page inédite de l’histoire syrienne s’est ouverte le 26 avril 2026, inaugurant un processus judiciaire appelé à s’inscrire dans la durée. Pour la première fois, la justice syrienne engage des poursuites contre l’ancien président Bachar el-Assad et plusieurs figures majeures de son entourage, soupçonnés d’exactions commises durant la guerre civile.
Si l’ancien chef de l’État et son frère Maher el-Assad, tous deux en fuite, seront jugés par contumace, la première audience a été marquée par la comparution d’un accusé en détention : Atef Najib, cousin du président déchu et ancien responsable de la sécurité politique à Deraa. Menotté et vêtu de l’uniforme carcéral, il incarne d’emblée la dimension symbolique de ce premier acte judiciaire.
Une justice transitionnelle encore en construction
Dès l’ouverture de l’audience, le juge Fakhr al-Din al-Aryan a posé le cadre de la procédure : il s’agit des premiers dossiers relevant de la justice transitionnelle engagée après la chute du régime en décembre 2024. Une justice qui vise à établir les responsabilités sans encore entrer dans l’examen détaillé des faits.
Cette première session, essentiellement administrative et procédurale, a permis d’installer le cadre des poursuites. Une nouvelle audience est fixée au 10 mai, date à laquelle les éléments de fond devraient être examinés.
Deraa, point de départ des accusations
Le cas d’Atef Najib est central dans l’acte d’accusation. Ancien chef de la sécurité politique à Deraa, épicentre du soulèvement de 2011, il est soupçonné d’avoir coordonné une répression systématique des premières manifestations prodémocratie, marquée par des arrestations massives et des violences ciblées.
Au-delà de ce dossier individuel, c’est l’ensemble de l’appareil sécuritaire du régime qui se retrouve progressivement dans le champ judiciaire.
Un système répressif dans le viseur
Selon des sources judiciaires, plusieurs proches du clan Assad devraient être poursuivis dans les prochaines phases du procès, parmi lesquels Wassim el-Assad et Amjad Youssef, suspecté d’implication dans des massacres survenus durant le conflit.
Des militaires ayant participé à des bombardements de zones civiles sont également visés, élargissant le périmètre des responsabilités potentielles.
Treize ans de guerre au cœur du dossier
Les accusations s’inscrivent dans le contexte d’un conflit déclenché en mars 2011, qui a profondément dévasté la Syrie. La guerre civile a fait plus de 500 000 morts et provoqué des disparitions massives, notamment dans les centres de détention du régime.
La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 et sa fuite vers Moscou ont ouvert une séquence politique inédite, dans laquelle ce procès s’inscrit comme un premier test de la nouvelle architecture judiciaire syrienne.
Entre justice et reconstruction de l’État
Au-delà des responsabilités individuelles, ce procès cristallise un enjeu politique majeur : la capacité du nouvel État syrien à transformer une rupture de régime en processus de justice durable.
Reste une interrogation centrale : cette justice transitionnelle pourra-t-elle s’imposer comme un instrument crédible de reconstruction institutionnelle, ou restera-t-elle un symbole fort mais limité face à l’ampleur des traumatismes accumulés ?
La Rédaction

