Genève – Crânes, squelettes, fragments osseux et même restes fœtaux. En Suisse, la vente de restes humains sur Internet suscite une vive controverse après une enquête de la Radio Télévision Suisse (RTS) révélant l’existence d’un marché accessible au grand public sur plusieurs plateformes numériques.
L’enquête, publiée le 5 juillet, met en lumière un phénomène qui prospérerait depuis plusieurs années grâce à une législation jugée incomplète. Selon la RTS, des annonces proposant des ossements humains apparaissent sur différentes plateformes de vente en ligne, parfois au milieu d’objets de consommation courante, sans que leurs auteurs cherchent réellement à dissimuler leur activité.
Cette situation contraste fortement avec celle de plusieurs pays européens. En France, par exemple, la commercialisation de restes humains est interdite par le Code civil et le Code pénal, au nom du respect dû au corps humain. En Suisse, en revanche, les spécialistes interrogés estiment que le droit ne prévoit pas d’interdiction explicite de ce commerce tant qu’il ne résulte pas d’une profanation de sépulture.
Au-delà de la question juridique, l’affaire soulève un débat éthique. Collectionneurs, établissements d’enseignement ou amateurs d’objets insolites constituent une partie de la clientèle évoquée dans l’enquête. Cette demande entretient un marché dont l’origine de certains restes demeure parfois difficile à établir, alimentant les interrogations sur leur traçabilité et leur provenance.
Les journalistes de la RTS expliquent également que les règles internes des plateformes numériques interdisent généralement la vente de restes humains. Toutefois, les contrôles apparaissent limités et certains vendeurs contourneraient facilement les systèmes de modération en modifiant la présentation de leurs annonces ou en invoquant un usage exclusivement éducatif.
L’enquête relance ainsi les appels à une clarification du droit suisse. Pour plusieurs juristes cités par la RTS, le développement de ce commerce met en évidence un décalage entre les principes internationaux protégeant la dignité du corps humain et leur traduction effective dans la législation nationale.
Au-delà du cas suisse, cette affaire illustre les défis posés par les places de marché numériques, où les frontières entre patrimoine scientifique, objets de collection et marchandisation du corps humain deviennent de plus en plus floues.
La Rédaction
Sources :
- Enquête de la Radio Télévision Suisse (RTS), publiée le 5 juillet 2026.
- Reprise et synthèse par Courrier international, 7 juillet 2026.

