Dakar et plusieurs départements sénégalais pourraient recevoir plus de 100 millimètres de pluie entre le 24 et le 26 septembre. L’alerte rouge lancée par l’ANACIM survient quelques jours après que le gouvernement a dressé un bilan positif de son dispositif contre les inondations. Plus qu’un épisode météorologique, ces trois journées vont confronter les réseaux d’évacuation et la stratégie d’anticipation à une difficulté bien connue : beaucoup d’eau tombée en très peu de temps.
Cent millimètres de pluie, c’est l’équivalent de 100 litres d’eau déversés sur chaque mètre carré. Dans une ville densément bâtie comme Dakar, où les sols imperméabilisés accélèrent le ruissellement, la quantité compte autant que la vitesse à laquelle elle arrive.
C’est précisément le scénario auquel le Sénégal se prépare. L’ANACIM prévoit du 24 au 26 septembre une forte instabilité provoquée par une perturbation ondulatoire. Dakar, Guédiawaye, Pikine, Thiès, Tivaouane, Mbour, Diourbel, Kaolack, Fatick et plusieurs autres départements de l’Ouest et du Centre sont placés en vigilance rouge, tandis qu’une partie de l’Est et du Sud se trouve en orange. Les risques annoncés vont des inondations aux coupures de routes, en passant par la stagnation des eaux et les dégâts agricoles.
Après 52 mm en deux heures, un test plus sévère
L’alerte intervient à peine une semaine après un premier avertissement. Dakar a récemment enregistré 52 millimètres de pluie en deux heures. Des secteurs ont été momentanément inondés avant que l’eau ne soit évacuée, généralement en quatre à cinq heures selon les autorités.
Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, en a tiré un « bilan à mi-parcours positif ». Il attribue cette amélioration au curage préventif des réseaux, au prépositionnement des équipements, à la surveillance des points critiques et à la mobilisation d’équipes pendant les pluies.
Mais ce premier bilan contient aussi son propre avertissement. Une partie du réseau d’assainissement de Dakar remonte aux années 1960 et n’a pas été dimensionnée pour la population et l’urbanisation actuelles. Le ministre reconnaît lui-même la nécessité de son renouvellement, un chantier autrement plus lourd que les interventions d’urgence menées pendant l’hivernage.
Les pluies annoncées vont donc tester deux niveaux de protection en même temps : l’efficacité immédiate du dispositif d’anticipation et les limites beaucoup plus anciennes des infrastructures.
L’inondation se joue aussi contre la montre
Le problème n’est pas seulement de savoir combien de pluie tombera au total. Cinquante millimètres répartis sur une longue période et la même quantité concentrée en deux heures ne produisent pas les mêmes effets.
Lorsque les précipitations dépassent momentanément la capacité d’absorption des sols et d’évacuation des canalisations, l’eau s’accumule avant même que le réseau ait le temps de la conduire vers ses exutoires. Routes, quartiers bas et points déjà identifiés comme vulnérables deviennent alors les premières zones sous pression.
C’est justement sur cette variable que le Sénégal cherche à gagner du temps. Curage avant les pluies, pompes positionnées à l’avance, agents déployés sur les sites sensibles : la stratégie gouvernementale consiste désormais à préparer la réponse avant que l’eau ne tombe plutôt qu’à intervenir uniquement après l’inondation. Le Comité national de gestion des inondations a encore renforcé le 18 septembre la coordination entre l’ONAS, les services hydrauliques, les sapeurs-pompiers, le Génie militaire, l’AGEROUTE, l’ANACIM et les autorités territoriales.
Une saison déficitaire peut aussi produire trop d’eau
L’épisode attendu rappelle enfin un paradoxe annoncé avant même le début de l’hivernage. En mai, l’ANACIM prévoyait une saison 2026 tardive et globalement déficitaire. Mais elle avertissait simultanément que la concentration des précipitations sur de courtes périodes pouvait provoquer des événements extrêmes et des inondations.
Les deux phénomènes ne se contredisent pas. Une saison peut apporter moins d’eau sur plusieurs mois tout en produisant ponctuellement des pluies trop intenses pour les infrastructures urbaines.
Du 24 au 26 septembre, la question sera donc moins de savoir si Dakar et les autres villes placées en rouge recevront beaucoup d’eau que la vitesse à laquelle elles réussiront à s’en débarrasser. Après avoir fait de l’anticipation le marqueur de sa stratégie 2026, le Sénégal s’apprête à la confronter à l’épreuve pour laquelle elle a précisément été conçue.
La Rédaction
Sources : ANACIM ; Agence de Presse Sénégalaise ; ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal.

