Une diarrhée peut-elle se transmettre lors d’un rapport sexuel ? La réponse est oui, même si cette voie de contamination reste largement méconnue. Aux États-Unis, les autorités sanitaires alertent sur la progression de certaines souches de Shigella, une bactérie responsable d’infections intestinales parfois sévères. Leur particularité : elles peuvent circuler lors de contacts sexuels et deviennent, pour certaines, résistantes à plusieurs antibiotiques. Une évolution préoccupante qui dépasse désormais les frontières américaines.
La shigellose n’est pas une maladie nouvelle. Cette infection bactérienne provoque généralement des diarrhées, des douleurs abdominales et de la fièvre. Dans les formes graves, les selles peuvent contenir du sang et la déshydratation nécessiter une hospitalisation.
Longtemps associée principalement à la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, la maladie attire désormais l’attention des spécialistes pour une autre voie de transmission : les contacts sexuels impliquant une exposition, même infime, à des matières fécales.
Ce mécanisme explique l’expression de « diarrhée sexuellement transmissible », parfois employée dans les médias. Il ne s’agit cependant ni d’une maladie distincte ni d’une infection exclusivement sexuelle. La shigellose peut toucher toute personne exposée à la bactérie, indépendamment de son âge ou de ses pratiques sexuelles.
Une transmission facile, parfois difficile à identifier
La bactérie Shigella possède une caractéristique qui favorise sa propagation : une très faible quantité de germes suffit à provoquer une infection. La contamination peut survenir lors de contacts entre la bouche et la région anale, mais aussi par l’intermédiaire des mains, d’objets ou de surfaces contaminés.
Les autorités sanitaires américaines et européennes signalent une circulation particulière de certaines souches parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Cette observation épidémiologique ne signifie toutefois pas que l’infection leur soit réservée. Elle souligne l’importance de reconnaître les différents modes de transmission sans stigmatiser les personnes concernées.
Les symptômes apparaissent généralement quelques jours après l’exposition. Si la majorité des patients guérissent sans traitement antibiotique, certaines infections entraînent des complications, notamment chez les personnes immunodéprimées.
La difficulté tient également au fait que les bactéries peuvent continuer à être éliminées dans les selles après la disparition des symptômes, permettant de nouvelles contaminations.
Aux États-Unis, la résistance aux antibiotiques progresse
Le principal motif d’inquiétude concerne l’évolution de la résistance bactérienne.
Dans une étude publiée le 9 avril 2026, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont analysé 16 788 échantillons de Shigella recueillis entre 2011 et 2023. Parmi eux, 510 présentaient une résistance étendue aux antibiotiques, appelée XDR.
La proportion de ces souches, inexistante dans les échantillons étudiés entre 2011 et 2015, atteignait 8,5 % en 2023. Ce chiffre ne correspond pas à la proportion de personnes infectées dans l’ensemble de la population américaine, mais à celle des bactéries analysées dans le système de surveillance.
Les souches XDR résistent à cinq antibiotiques couramment utilisés contre la shigellose, dont l’azithromycine et la ciprofloxacine. Cette situation réduit les possibilités de traitement, particulièrement pour les patients présentant une infection sévère.
Le phénomène concerne aussi l’Europe. En mai 2026, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) signalait plus de 2 300 infections liées à sept groupes de souches multirésistantes ou extrêmement résistantes, identifiées depuis 2023 en Europe et aux États-Unis.
Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires ont également observé une forte augmentation des diagnostics potentiellement associés à une transmission sexuelle, avec 2 560 cas recensés en 2025.
Un enjeu de prévention au-delà des pratiques sexuelles
La progression de ces bactéries rappelle une réalité plus large : la résistance aux antibiotiques constitue une menace mondiale, particulièrement dans les régions où l’accès aux analyses microbiologiques et aux traitements adaptés demeure limité.
En Afrique, la shigellose représente déjà un problème de santé publique, notamment chez les jeunes enfants exposés à des conditions d’assainissement insuffisantes. Les données américaines sur la transmission sexuelle ne peuvent cependant pas être directement transposées au continent sans surveillance spécifique.
La prévention repose sur des mesures simples : lavage soigneux des mains, hygiène des aliments, accès à une eau sûre et précautions lors des contacts sexuels. Les CDC recommandent notamment d’éviter les rapports sexuels pendant une diarrhée et d’attendre au moins deux semaines après la disparition des symptômes pour limiter le risque de transmission.
En présence de diarrhées sanglantes, de fièvre importante ou de signes de déshydratation, une consultation médicale est nécessaire. Les antibiotiques ne doivent pas être pris systématiquement : leur utilisation dépend de la gravité de l’infection et, lorsque cela est possible, des résultats d’analyses permettant d’identifier les résistances.
L’émergence de souches de Shigella difficiles à traiter montre ainsi que les infections intestinales ne relèvent pas uniquement de l’hygiène alimentaire. Leur circulation par différentes voies, associée à la résistance aux médicaments, impose une meilleure information du public et une surveillance sanitaire renforcée. L’enjeu est autant de prévenir les contaminations que de préserver l’efficacité des antibiotiques encore disponibles.
La Rédaction
Sources et références
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Logan N. et al., Emergence of Extensively Drug-Resistant Shigellosis — United States, 2011–2023, Morbidity and Mortality Weekly Report, 9 avril 2026. Étude originale.
- Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), ECDC warns of growing spread of multidrug-resistant Shigella in Europe, 20 mai 2026. Alerte sanitaire.
- UK Health Security Agency (UKHSA), Sexually transmitted Shigella spp. in England: 2016 to 2025, 2026. Rapport de surveillance.
- CDC, Preventing Shigella Infection Among Sexually Active People, recommandations de prévention, 2 avril 2024. Recommandations officielles.
- Mason L. C. E. et al., The natural history of the emergence of sexually transmissible shigellosis, Microbial Genomics, janvier 2026. Étude scientifique.

