Une attaque du Polisario ravive les tensions alors que le Congrès américain envisage une désignation explosive
La dernière attaque à la roquette contre la ville de Smara, survenue récemment, n’a causé ni blessés ni dégâts matériels. Pourtant, elle pourrait marquer un tournant symbolique dans le long conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario, groupe armé soutenu par l’Algérie et revendiquant l’indépendance du Sahara occidental. Car ce coup de semonce intervient au moment où une partie du Congrès américain propose une mesure sans précédent : inscrire le Polisario sur la liste noire des organisations terroristes.
Une séquence hautement stratégique
Derrière l’apparente inertie de cette attaque, les enjeux sont bien réels. Depuis plusieurs années, le Maroc consolide ses positions diplomatiques autour de la « marocanité » du Sahara, notamment auprès des États-Unis, qui ont reconnu cette souveraineté sous l’administration Trump, sans revenir officiellement sur cette position depuis.
L’initiative portée par certains élus américains en faveur de la criminalisation du Polisario s’inscrit dans cette dynamique. Elle reflète également une volonté de repositionnement sécuritaire dans la région, à l’heure où le Sahel et le Maghreb sont confrontés à des menaces djihadistes diffuses. En assimilant le Polisario à une organisation terroriste, Washington enverrait un message fort : rompre tout flou entre séparatisme armé et terrorisme international.
Le Polisario, entre isolement et radicalisation ?
Pour le politologue marocain Mohamed Chouqaïr, interrogé par Jeune Afrique, cette tentative américaine pourrait accentuer la marginalisation du Front Polisario sur la scène diplomatique. Le chercheur souligne que la rhétorique du mouvement, combinée à ses récentes attaques, pourrait être interprétée par certains décideurs comme un glissement vers des méthodes de guérilla incompatibles avec le droit international.
Reste que l’Algérie, principal soutien du Polisario, ne restera pas indifférente. Une telle désignation raviverait les rivalités régionales et pourrait compromettre davantage les canaux diplomatiques déjà fragiles entre Rabat et Alger.
Vers un point de bascule ?
Si l’offensive de Smara n’a pas fait de victimes, elle vient pourtant s’inscrire dans une séquence où les lignes pourraient bouger à Washington. Si le Congrès parvient à faire voter une telle mesure, cela pourrait redéfinir les rapports de force au Maghreb. Pour le Maroc, ce serait une victoire diplomatique majeure ; pour le Polisario, une menace existentielle.
Mais pour les populations sahraouies prises en étau entre deux récits irréconciliables, le risque est aussi celui d’une internationalisation du conflit qui les éloigne encore davantage d’une solution politique durable.
La Rédaction

