Lors de son discours d’investiture, Donald Trump a relancé une vieille polémique en affirmant que le canal de Panama serait sous influence chinoise et que les navires américains y subiraient un traitement discriminatoire. Des accusations rejetées par le gouvernement panaméen et Pékin, qui assurent que le canal reste sous souveraineté nationale. Entre rivalités géopolitiques et réalité économique, quelle est l’ampleur réelle de la présence chinoise sur cette voie maritime stratégique ?
Un canal sous souveraineté panaméenne
« Les navires américains sont surtaxés, la marine américaine est pénalisée, et surtout, c’est la Chine qui contrôle le canal », a martelé Donald Trump depuis le Capitole, alimentant un discours protectionniste qu’il affectionne. Mais à Panama, les autorités n’ont pas tardé à réagir. Le président José Raúl Mulino a rappelé que « le canal est et restera panaméen », tandis que son administrateur, Ricaurte Vásquez Morales, a dénoncé des accusations infondées, affirmant qu’aucune discrimination tarifaire n’existe.
Depuis la rétrocession du canal par les États-Unis en 1999, sa gestion repose sur un principe de neutralité permanente, inscrit dans les accords passés avec Washington. Les tarifs de passage sont fixés selon des critères objectifs – poids, taille des navires, volume de la cargaison – et non en fonction de la nationalité du pavillon. Si les États-Unis restent les premiers bénéficiaires du commerce transitant par le canal, la majorité des transporteurs qui l’empruntent sont asiatiques et européens. La seule compagnie américaine souvent citée parmi les principaux usagers, American President Line, appartient en réalité au groupe français CMA-CGM.
Quant aux rumeurs sur une présence militaire chinoise sur le sol panaméen, elles ne reposent sur aucune preuve tangible.
Une influence chinoise économique, mais pas un contrôle direct
Derrière ses déclarations, Donald Trump semble surtout viser CK Hutchison, un conglomérat basé à Hong Kong qui exploite les ports de Balboa et Cristóbal, situés aux deux extrémités du canal. Cette entreprise a obtenu en 2021 le renouvellement de sa concession pour 25 ans, un contrat qui suscite des interrogations au Panama. Face aux critiques sur un manque de transparence, les autorités panaméennes ont lancé un audit pour examiner l’accord et répondre aux préoccupations américaines.
Mais l’influence chinoise au Panama ne se limite pas à cette seule concession portuaire. En 2017, sous la présidence de Juan Carlos Varela, le Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan pour reconnaître la Chine continentale, ouvrant la porte à une vague d’investissements chinois. Pékin a alors financé de nombreux projets d’infrastructure : métro, ponts, ports, projet de TGV… Toutefois, ce rapprochement a été freiné avec l’élection de Laurentino Cortizo en 2019, qui a adopté une position plus équilibrée entre Pékin et Washington, abandonnant plusieurs projets chinois.
Si la Chine a renforcé sa présence économique au Panama, elle ne contrôle ni la gestion du canal ni son administration. L’influence de Pékin est bien réelle, mais les accusations de Donald Trump apparaissent avant tout comme un levier politique dans le cadre de ses tensions avec la Chine.
La Rédaction

