Pendant des décennies, le monde l’a connue sous le nom de Nauru. Depuis 2026, ce minuscule État insulaire du Pacifique a choisi de remettre au premier plan une appellation plus ancienne, enracinée dans sa langue et son histoire : Naoero. Loin d’un simple exercice administratif, le changement traduit une volonté affichée de reprendre possession d’une identité que les contacts successifs avec les Européens avaient progressivement transformée.
Un nom transformé au fil des contacts étrangers
Dans le récit historique présenté par les autorités, Naoero est le nom traditionnel de l’île. Mais son passage dans les langues et les écrits étrangers a donné naissance à différentes transcriptions. Le gouvernement évoque notamment les formes Anaoero, Onawero, Navoda ou encore Nawodo. Avant cela, le navigateur britannique John Fearn, premier Européen connu à avoir signalé l’île en 1798, l’avait baptisée « Pleasant Island ».
Selon le président David Adeang, c’est précisément au fil de ces transformations phonétiques que « Nauru » se serait imposé, les étrangers ayant eu des difficultés à reproduire la prononciation locale de Naoero. Une explication portée aujourd’hui par les autorités pour présenter le retour au nom traditionnel comme une réappropriation linguistique et culturelle plutôt que comme l’invention d’une nouvelle identité.
Du Parlement à la nouvelle République de Naoero
Le processus politique a commencé le 29 janvier 2026, lorsque David Adeang a déposé au Parlement un projet d’amendement constitutionnel prévoyant de remplacer les références à « Nauru » par « Naoero ». Après la période constitutionnelle d’attente, le Parlement a adopté l’amendement en mai.
Un référendum national avait initialement été envisagé. Les autorités ont finalement renoncé à cette consultation. Le chef de l’État a expliqué que Naoero ne constituait pas, à leurs yeux, un nouveau nom qu’il faudrait soumettre à l’acceptation populaire : il s’agissait d’un terme déjà employé dans la langue et présent dans les symboles nationaux.
La dénomination officielle est désormais République de Naoero — Republic of Naoero. Les institutions gouvernementales l’utilisent déjà dans leurs communiqués et sur leurs plateformes officielles. Les autorités ont également indiqué que la forme abrégée serait « Naoero », que les habitants seraient désignés comme dei-Naoero et que le code utilisé pour le pays évoluerait vers NRO.
Changer le nom sans changer l’État

La modification n’efface ni les engagements internationaux ni les obligations juridiques contractées sous l’appellation Nauru. Des dispositions transitoires ont précisément été prévues afin que les contrats, accords, registres, procédures et autres actes mentionnant l’ancien nom continuent de produire leurs effets. Juridiquement, Naoero demeure le même État : c’est sa désignation qui change.
Pour ce pays d’environ 12 000 habitants, l’un des plus petits États souverains du monde, l’enjeu est donc ailleurs. Le changement affirme la capacité d’une société insulaire à choisir elle-même le nom sous lequel elle souhaite être reconnue au-delà de ses frontières.
Le geste rejoint ainsi une question plus vaste qui traverse plusieurs anciennes sociétés colonisées : que reste-t-il dans les cartes, les langues administratives et les institutions internationales des noms imposés, adaptés ou déformés au cours de l’histoire ? À Naoero, la réponse tient désormais en quelques lettres : le pays ne veut plus seulement être connu sous le nom que le monde lui a transmis, mais sous celui qu’il revendique comme le sien.
La Rédaction
Sources : Gouvernement de la République de Naoero ; Naoero Bulletin ; Reuters ; ABC News/RNZ Pacific.

