Avant l’atome, la règle : Lomé consolide son socle juridique pour encadrer les usages nucléaires civils
Il est des décisions gouvernementales qui ne font pas de bruit, mais qui dessinent des trajectoires longues. En autorisant l’adhésion du Togo à plusieurs conventions internationales majeures en matière de sûreté nucléaire, l’exécutif togolais fait le choix d’un positionnement stratégique : anticiper les risques avant même que le nucléaire civil ne prenne corps sur le territoire.
Adoptée lors du dernier Conseil des ministres de l’année 2025, cette orientation s’est traduite par l’adoption simultanée de trois projets de loi autorisant l’État à rejoindre des instruments juridiques clés du dispositif international de sûreté nucléaire. Une démarche qui, au-delà de sa portée technique, marque une volonté politique claire : inscrire durablement le pays dans les standards internationaux les plus exigeants en matière de prévention, de transparence et de coopération.
Informer vite, assister mieux, coopérer davantage
Parmi les conventions concernées figure celle relative à la notification rapide en cas d’accident nucléaire. Son principe est simple mais fondamental : garantir une circulation immédiate et fiable de l’information lorsqu’un incident survient, afin de limiter ses effets humains, environnementaux et transfrontaliers. À cette obligation de transparence s’ajoute un second instrument portant sur l’assistance internationale en cas d’accident nucléaire ou de situation d’urgence radiologique, facilitant l’intervention rapide d’expertises et de moyens spécialisés.
Le troisième texte concerne l’amendement à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires, pilier de la lutte contre les risques de détournement, de sabotage ou de trafic. Ensemble, ces conventions forment un triptyque cohérent, pensé pour répondre à des menaces qui dépassent largement les frontières nationales.
Un nucléaire civil encore embryonnaire, mais déjà encadré
Si le Togo ne dispose pas encore d’infrastructures nucléaires de production à grande échelle, les usages civils de la technologie sont bien réels. Radiologie médicale, agriculture, recherche scientifique, formation universitaire : ces secteurs mobilisent déjà des sources radioactives qui exigent un encadrement rigoureux.
La décision gouvernementale vient ainsi compléter un arsenal juridique national amorcé dès juin 2020 avec l’adoption de la loi sur l’utilisation sûre, sécurisée et pacifique du nucléaire. En renforçant ce cadre, Lomé choisit la prévention plutôt que la réaction, une approche rarement mise en avant dans les pays où le nucléaire reste à l’état de projection.
Des signaux politiques assumés vers l’atome maîtrisé
Depuis plusieurs mois, les signaux envoyés par les autorités togolaises convergent. La création, en janvier 2025, d’un Commissariat à l’énergie atomique marque une étape institutionnelle décisive. Cette structure est chargée de coordonner les programmes liés aux usages pacifiques du nucléaire, qu’ils concernent la santé, l’agriculture, la recherche ou, à terme, l’énergie.
Sur le plan diplomatique, l’élection du Togo au Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour la période 2025-2027 renforce cette crédibilité naissante. Elle place le pays au cœur des discussions stratégiques mondiales sur la sûreté et la gouvernance du nucléaire.
Enfin, la signature fin 2024 d’un accord avec une entreprise américaine pour explorer la piste des micro-réacteurs nucléaires, notamment destinés à une production électrique hors réseau, ouvre une perspective technologique encore prudente, mais clairement assumée.
La sûreté comme préalable politique
Plutôt que de céder à une logique d’annonce ou de promesse énergétique rapide, le Togo semble avoir fait un choix inverse : bâtir d’abord les garde-fous. L’adhésion aux conventions internationales ne préjuge pas d’un basculement immédiat vers le nucléaire énergétique, mais elle en fixe les conditions non négociables.
Dans un contexte régional où les questions énergétiques se mêlent de plus en plus aux enjeux de souveraineté, de sécurité et de développement durable, cette stratégie discrète mais structurante pourrait bien devenir un modèle de préparation en amont.
La Rédaction

