ABUJA – La multiplication des enlèvements dans les établissements scolaires continue de provoquer l’indignation au Nigeria. Jeudi, plusieurs citoyens, militants et acteurs de la société civile se sont rassemblés dans la capitale fédérale pour exiger la libération d’élèves et d’enseignants enlevés dans l’État d’Oyo, dénonçant l’incapacité des autorités à enrayer un phénomène qui fragilise durablement le système éducatif du pays.
Une crise sécuritaire qui s’enracine
Depuis plusieurs années, les enlèvements collectifs d’écoliers sont devenus l’un des symboles de l’insécurité au Nigeria. Des groupes armés ciblent régulièrement des écoles, des internats et des centres de formation dans le but d’obtenir des rançons auprès des familles ou des autorités locales.
Cette pratique, qui s’est progressivement étendue à plusieurs régions du pays, entretient un climat de peur permanent. Dans certaines zones rurales, de nombreux parents hésitent désormais à envoyer leurs enfants à l’école, craignant de nouveaux raids armés.
Lors de la manifestation organisée à Abuja, plusieurs participants ont exprimé leur exaspération face à une situation qu’ils jugent devenue insupportable. Parmi eux, la militante Arije Christy Alao a dénoncé le sentiment d’abandon ressenti par de nombreuses communautés confrontées aux violences.
Selon elle, les populations ont trop longtemps vécu sous la menace des enlèvements et des attaques meurtrières, tandis que les victimes et leurs familles continuent de payer un lourd tribut à l’insécurité.
Omoyele Sowore hausse le ton
La mobilisation a également reçu le soutien de l’activiste et ancien candidat à la présidence nigériane Omoyele Sowore. Figure connue de la contestation politique, il a une nouvelle fois critiqué la gestion de la sécurité par les autorités fédérales.
S’adressant aux manifestants, il a affirmé que les moyens de l’État devraient être prioritairement mobilisés pour retrouver les personnes enlevées plutôt que pour protéger les responsables politiques. Il a également appelé à une plus grande responsabilité des institutions chargées de la sécurité et de la défense.
Pour le dirigeant du mouvement Take It Back, la persistance des enlèvements traduit l’échec des stratégies déployées jusqu’à présent pour protéger les populations civiles.
Des dizaines de personnes toujours portées disparues
La mobilisation intervient quelques semaines après une série d’enlèvements ayant relancé les inquiétudes dans le pays. Le 15 mai, au moins 46 élèves et membres du personnel éducatif ont été enlevés dans l’État d’Oyo State, dans le sud-ouest du Nigeria.
Le même jour, environ 42 autres personnes ont également été kidnappées dans le nord-est du pays, notamment dans l’Borno State, une région régulièrement confrontée aux violences de groupes armés et djihadistes.
Ces nouvelles affaires rappellent que la question des enlèvements demeure l’un des principaux défis sécuritaires du Nigeria, malgré les opérations militaires et policières menées ces dernières années.
Une pression croissante sur le gouvernement
Face à la répétition des attaques, les organisations citoyennes réclament un renforcement de la protection des établissements scolaires, une meilleure coordination des forces de sécurité et une stratégie plus efficace contre les réseaux criminels spécialisés dans les kidnappings.
Pour de nombreux observateurs, la capacité des autorités à garantir la sécurité des élèves constitue désormais un test majeur pour la crédibilité de l’État nigérian et pour la confiance des populations envers les institutions publiques.
La Rédaction

