Une semaine après sa création par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, le nouvel accord de défense collective pourrait accueillir un quatrième poids lourd régional. Ankara pousse l’Égypte à rejoindre le dispositif, tandis que Le Caire étudie prudemment les implications militaires et juridiques d’une éventuelle adhésion.
À peine créé, le pacte de La Mecque cherche déjà à dépasser le cercle de ses trois fondateurs. La Turquie souhaite voir l’Égypte rejoindre l’accord de défense signé le 7 août avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, donnant ainsi une nouvelle dimension à une initiative présentée comme un instrument de sécurité régionale.
En visite en Égypte, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a réaffirmé cette ambition aux côtés de son homologue Badr Abdelatty. Ankara défend l’idée d’une architecture dans laquelle les États de la région prendraient davantage en charge leur propre sécurité.
L’Égypte, premier test de l’élargissement
Le choix du Caire n’a rien d’anodin. Par son poids démographique, son armée, sa position entre Afrique du Nord, Méditerranée orientale et mer Rouge, mais aussi son rôle diplomatique dans les crises régionales, l’Égypte modifierait considérablement la stature du pacte.
Le texte signé à La Mecque repose surtout sur une disposition majeure : une attaque armée contre l’un des membres doit être considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires, un principe de solidarité militaire qui rappelle celui de la défense collective de l’OTAN.
Une adhésion égyptienne ne constituerait donc pas un simple rapprochement diplomatique. Elle engagerait potentiellement Le Caire dans un mécanisme de sécurité collective aux conséquences importantes en cas de nouvelle crise régionale.
Le Caire ne ferme pas la porte
La réponse égyptienne est précisément à la mesure de cet enjeu. Badr Abdelatty a indiqué que son pays examinait sérieusement la proposition, tout en soulignant qu’une coopération de défense comportant de telles obligations devait faire l’objet d’une étude approfondie au regard de la Constitution et du droit égyptiens.
Cette prudence n’équivaut donc pas à un refus. Elle montre plutôt que l’Égypte entend mesurer les conséquences d’une adhésion avant de s’engager.
Le contexte bilatéral est d’ailleurs favorable à un rapprochement. Après des années de relations difficiles, Ankara et Le Caire ont considérablement normalisé leurs rapports et développent leur coopération économique, énergétique et militaire. Les deux gouvernements coordonnent également davantage leurs positions sur Gaza, la Libye, la Syrie et plusieurs autres crises régionales.
D’un pacte à trois à une architecture régionale ?
L’éventuelle entrée de l’Égypte permettrait surtout de savoir ce que le pacte de La Mecque est appelé à devenir. S’il reste limité à ses trois fondateurs, il constituera une alliance stratégique importante entre Ankara, Riyad et Islamabad. S’il attire progressivement d’autres puissances, il pourrait devenir le noyau d’un dispositif de sécurité beaucoup plus vaste.
La Turquie assure que l’accord n’est dirigé contre aucun État. Mais sa naissance intervient dans un Moyen-Orient profondément bouleversé par les conflits, les tensions autour de l’Iran et les interrogations sur les équilibres de sécurité traditionnels.
L’Égypte devient ainsi le premier véritable test de l’ambition du pacte de La Mecque : celui de savoir si une alliance née à trois peut désormais attirer autour d’elle d’autres puissances et peser durablement sur l’organisation de la sécurité régionale.
La Rédaction

