À quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le football mondial s’ouvre sur un paradoxe majeur : jamais l’événement n’a affiché une telle ambition en termes de format et d’audience, et jamais son accès n’a semblé aussi incertain pour une partie aussi massive de la population mondiale.
Alors que la FIFA revendique des accords de diffusion dans près de 175 pays, plusieurs marchés stratégiques restent en suspens, faisant planer la possibilité qu’environ trois milliards de téléspectateurs ne puissent pas suivre la compétition dans des conditions normales de retransmission.
Une crise mondiale des droits TV autour des deux géants asiatiques
Au centre de cette incertitude se trouvent la Chine et l’Inde, qui concentrent à elles seules une part déterminante de l’audience télévisuelle mondiale.
Dans ces deux pays, aucun accord définitif n’a encore été conclu avec la FIFA. En Inde, les négociations entre les groupes Reliance et Disney et l’instance dirigeante du football mondial n’ont pas abouti, l’offre proposée restant inférieure aux exigences financières fixées autour de 100 millions de dollars. En Chine, les discussions avec la télévision publique CCTV sont également toujours en cours, malgré les précédents accords conclus lors des éditions 2018 et 2022.
Cette situation place une partie majeure du public mondial dans une zone d’incertitude inédite à l’approche d’un événement censé incarner l’universalité du football.
La charge directe de la télévision chinoise contre la FIFA
C’est dans ce contexte que Shen Haixiong, président de la télévision d’État chinoise CCTV, a vivement critiqué la FIFA et son président Gianni Infantino.
Selon ses déclarations, l’instance dirigeante du football mondial serait engagée dans une logique où la maximisation des revenus a progressivement pris le pas sur l’accessibilité du sport. Il va jusqu’à qualifier la gouvernance actuelle de dérive profonde, affirmant que la FIFA serait devenue « corrompue sous Infantino ».
Cette accusation, particulièrement forte dans sa formulation, s’inscrit dans une critique plus large de l’évolution économique du football international, notamment la hausse continue des coûts de diffusion et de billetterie, perçue comme un éloignement progressif du sport vis-à-vis de son public historique.
Une diffusion mondiale fragmentée, y compris chez les nations participantes
Au-delà des grands marchés asiatiques, la fragmentation de la diffusion touche également des pays plus inattendus.
Selon le New York Times, des nations qualifiées comme Curaçao et Haïti ne disposeraient pas encore de diffuseur officiel à ce stade des négociations, laissant leurs supporters sans solution claire pour suivre les matchs de leurs équipes nationales.
Des discussions seraient en cours pour la mise en place de solutions alternatives via des plateformes régionales de streaming, mais rien n’est encore formalisé.
En Afrique, un modèle de diffusion entièrement centralisé
Dans ce paysage global fragmenté, un modèle différent se structure en Afrique subsaharienne.
À Lomé, le groupe togolais New World TV a organisé le 11 mai 2026 une rencontre avec les diffuseurs de 43 pays afin de mettre en place l’architecture de diffusion du Mondial 2026. Derrière l’apparence d’un atelier technique se dessine un dispositif centralisé où tous les signaux des matchs seront redistribués depuis un hub unique.
Dans ce système, les chaînes nationales ne reçoivent plus directement le flux international. Elles dépendent d’un centre de contrôle basé à Lomé, qui devient un point nodal de diffusion pour une grande partie du continent.
Ce modèle transforme New World TV en infrastructure centrale du football mondial en Afrique subsaharienne, concentrant à la fois la réception, la sécurisation et la redistribution du signal.
Une tension structurelle au cœur du football mondial
L’ensemble de ces éléments révèle une contradiction de fond : alors que la Coupe du monde 2026 élargit son format et revendique une dimension plus universelle que jamais, son accès réel devient de plus en plus conditionné par des négociations commerciales complexes et des architectures de diffusion fragmentées ou centralisées.
D’un côté, des marchés entiers restent incertains. De l’autre, des systèmes régionaux très intégrés émergent, concentrant les flux audiovisuels entre quelques acteurs capables de gérer des distributions à grande échelle.
Une Coupe du monde plus vaste, mais potentiellement moins accessible
À mesure que l’échéance approche, une réalité s’impose progressivement : le Mondial 2026 pourrait devenir la Coupe du monde la plus étendue de l’histoire sur le plan sportif, tout en étant l’une des plus inégalement accessibles sur le plan médiatique.
Entre blocages commerciaux, tensions géopolitiques et centralisations régionales, le football mondial entre dans une phase où son universalité ne dépend plus uniquement du jeu, mais de l’architecture invisible qui conditionne sa diffusion.
La Rédaction

