Ontario – Les ingénieurs avaient prévu une route. Les castors, eux, avaient manifestement un autre projet d’aménagement du territoire. Près du lieu historique national du Fort-St. Joseph, en Ontario, un barrage construit par ces infatigables bâtisseurs a fait monter le niveau de l’eau le long de Fort Road, menaçant l’unique accès au site et contraignant les autorités canadiennes à intervenir.
Quatre cents mètres de route sous la menace de l’eau
Le problème a été constaté le long de Fort Road, la seule voie permettant d’atteindre le lieu historique national du Fort-St. Joseph, situé sur l’île St. Joseph, dans le nord de l’Ontario.
En accumulant branches, bois, végétaux et boue, les castors avaient formé un barrage capable de retenir suffisamment d’eau pour inonder le côté nord de la route sur une distance d’environ 400 mètres. La montée des eaux risquait à la fois de fragiliser l’infrastructure et de compromettre l’accès au site historique.
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Les autorités face à des constructeurs particulièrement obstinés
Les castors ne construisent évidemment pas leurs barrages pour provoquer des embouteillages. Ces ouvrages leur permettent de maintenir un niveau d’eau suffisant autour de leur habitat et de se protéger des prédateurs.
Le problème survient lorsque leurs travaux rencontrent ceux des humains. Un barrage installé à proximité d’une route peut obstruer un fossé ou un ponceau, faire monter rapidement le niveau de l’eau et provoquer une dégradation de la chaussée. Le gouvernement canadien reconnaît que ces ouvrages peuvent modifier l’écoulement des eaux et causer des dommages aux infrastructures voisines.
À Fort Road, les autorités ont donc envisagé une intervention destinée à rétablir l’écoulement sans assécher complètement l’habitat des animaux.
Une solution pour sauver la route sans expulser les castors
Le projet prévoyait notamment de dégager partiellement l’ouvrage et d’installer un dispositif permettant à l’eau de traverser le barrage de manière contrôlée.
L’idée était simple : abaisser suffisamment le niveau de l’eau pour protéger la route, tout en conservant une partie de l’étang nécessaire aux castors. Une sorte de compromis entre les services publics et des constructeurs qui, eux, n’avaient demandé aucun permis avant de commencer les travaux.
Ce type de système est parfois appelé « beaver deceiver », ou dispositif de contournement pour castors. Il permet à l’eau de circuler sans que les animaux puissent facilement identifier l’endroit précis où se produit la fuite et reconstruire immédiatement leur barrage.
Quand le symbole du Canada bloque une route canadienne
L’affaire prête d’autant plus à sourire que le castor est l’un des symboles les plus connus du Canada.
Réputé pour sa capacité à transformer les paysages, l’animal est souvent qualifié d’« ingénieur des écosystèmes ». Ses barrages favorisent la création de zones humides et peuvent améliorer la biodiversité. Mais lorsque ses plans croisent une route, une voie ferrée ou un réseau de drainage, ses talents de bâtisseur deviennent nettement moins appréciés des autorités.
Au Fort-St. Joseph, les castors auront ainsi réussi à rappeler une règle élémentaire : au Canada, même une route officielle peut se retrouver en concurrence avec un chantier mené à coups de dents.
La Rédaction

