Un art contemporain enraciné dans la matière et l’histoire
Au Togo, l’artiste Kosi Agbo s’impose progressivement dans le paysage de l’art contemporain africain grâce à une démarche singulière centrée sur la transformation des textiles anciens venus d’Europe. À partir de ces matériaux chargés d’histoire, il construit des œuvres qui interrogent à la fois la mémoire, les circulations culturelles et les héritages coloniaux.
Son travail s’inscrit dans une dynamique contemporaine où la matière n’est jamais neutre : elle devient archive, trace et support de narration.
Le textile comme point de départ d’une réécriture artistique
Dans l’atelier de Kosi Agbo, les textiles anciens ne sont pas considérés comme des objets usés, mais comme des fragments d’histoires à reconfigurer. Découpés, recomposés et intégrés dans des compositions visuelles contemporaines, ils changent de statut pour devenir des œuvres à part entière.
Ce processus de transformation s’inscrit dans une logique d’art durable, où la réutilisation des matériaux devient à la fois un geste esthétique et un positionnement critique face à la surconsommation et à la circulation globale des objets.

Artiste togolais, il utilise le batik, une technique d’impression sur tissu à base de cire et de teinture.
Mémoire, colonialité et circulation des formes
L’une des dimensions centrales du travail de Kosi Agbo réside dans la tension entre mémoire et histoire coloniale. Les textiles européens utilisés dans ses œuvres portent en eux des trajectoires implicites, liées aux échanges économiques, culturels et politiques entre continents.
En les intégrant dans une création contemporaine africaine, l’artiste opère un renversement symbolique : les matériaux venus d’ailleurs sont réappropriés, recontextualisés et réinscrits dans une narration qui leur échappait initialement.
Ce geste artistique ouvre un espace de réflexion sur la manière dont les objets circulent, changent de sens et participent à la construction des imaginaires collectifs.

Association entre un domaine viticole, l’artiste togolais Kosi Agbo et l’ONG TMSU International pour la création d’étiquettes de vins engagées.
Une esthétique de la transformation
Le travail de Kosi Agbo repose sur une esthétique de la recomposition. Les textiles, loin d’être uniformes, conservent leurs aspérités, leurs traces d’usure et leurs textures d’origine. Ces éléments deviennent partie intégrante de la composition finale, renforçant l’idée que la mémoire ne s’efface pas mais se superpose.
Cette approche confère à ses œuvres une dimension presque archéologique, où chaque fragment textile agit comme un indice d’un récit plus vaste, à la fois personnel et historique.

Artiste togolais, il transforme des textiles anciens en œuvres contemporaines autour de la mémoire et du batik.
Une reconnaissance en construction
Si son nom reste encore émergent à l’échelle internationale, Kosi Agbo attire de plus en plus l’attention pour sa capacité à articuler enjeux contemporains et héritages historiques. Son travail s’inscrit dans une génération d’artistes africains qui explorent les notions de durabilité, de réappropriation et de mémoire matérielle.
À travers cette démarche, il contribue à enrichir les débats sur l’art textile contemporain et sur les nouvelles formes de narration visuelle issues du continent africain.

Artiste togolais.
Une œuvre entre création et réparation du temps
En transformant des textiles anciens en œuvres contemporaines, Kosi Agbo ne se limite pas à une pratique esthétique. Il propose une réflexion sur le temps, les circulations et les traces laissées par l’histoire dans les objets du quotidien.
Son art devient ainsi un espace de recomposition, où mémoire et création se rencontrent pour produire de nouveaux récits visuels, entre Afrique et ailleurs.
La Rédaction

