Le 10 octobre rappelle que la santé mentale est une composante essentielle de la santé humaine. En 2026, l’OMS appelle à dépasser la simple écoute pour associer réellement les personnes concernées aux décisions et aux soins.
La santé mentale ne se résume ni à l’absence de troubles psychiques ni à la capacité de supporter les difficultés quotidiennes. Elle participe à l’équilibre individuel, aux relations sociales, aux apprentissages et à la possibilité de mener une vie autonome.
Pourtant, les besoins demeurent considérables. Selon les dernières estimations publiées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus d’un milliard de personnes vivent avec un trouble mental dans le monde. L’anxiété et la dépression figurent parmi les affections les plus répandues.
Célébrée chaque 10 octobre, la Journée mondiale de la santé mentale met cette année en avant le thème « Expériences vécues entendues : de vraies voix, de vrais changements » (Lived experiences heard: real voices, real change). L’objectif est de reconnaître les personnes directement concernées comme des acteurs à part entière de l’évolution des politiques et des services de santé mentale.
Écouter les patients ne suffit plus
Les politiques de santé mentale sont traditionnellement élaborées par les institutions sanitaires, les chercheurs et les professionnels de santé. Leur expertise demeure indispensable, mais elle ne remplace pas l’expérience des personnes qui vivent quotidiennement avec un trouble psychique.
Ces dernières connaissent directement les difficultés d’accès aux soins, les effets de la stigmatisation, les obstacles à la réinsertion sociale ou encore les besoins d’accompagnement après une hospitalisation. Pour l’OMS, leur participation doit aller au-delà des témoignages ponctuels. Elle implique de les associer à la conception, à l’évaluation et à l’amélioration des services.
Cette approche rejoint une autre priorité internationale : développer davantage les soins communautaires, afin que les personnes puissent bénéficier d’un accompagnement adapté tout en conservant, autant que possible, leurs liens familiaux et sociaux.
Au Togo : rapprocher les soins de santé mentale des populations rurales
Au Togo, l’accès aux soins spécialisés constitue un défi important, particulièrement en dehors des grands centres urbains. Dans un reportage publié le 17 juin 2026, l’OMS indiquait que le pays comptait moins de dix psychiatres agréés pour une population de plus de huit millions d’habitants.
L’hôpital psychiatrique de Zébé-Aného, unique établissement spécialisé du pays, accueillait régulièrement entre 165 et 170 patients pour une capacité officielle de 120 lits. Ces données illustrent la pression exercée sur les infrastructures spécialisées. L’OMS mettait également en lumière l’expérience du Centre Saint-Camille d’Amaoudè, dans la préfecture de Tchaoudjo, engagé dans l’accompagnement des personnes vivant avec des troubles mentaux en milieu rural.
Ces réalités montrent l’importance de rapprocher progressivement la prise en charge des populations, notamment par la formation des professionnels de santé non spécialisés, l’accompagnement communautaire et une meilleure continuité des soins. La lutte contre la stigmatisation reste tout aussi essentielle.
En Afrique : des besoins importants, des ressources limitées
À l’échelle africaine, les systèmes de santé mentale doivent répondre à des besoins multiples dans un contexte où les ressources humaines et financières restent souvent insuffisantes. Les difficultés économiques, les déplacements forcés, les conflits, les violences et certaines situations d’exclusion peuvent accentuer les vulnérabilités psychologiques, sans que celles-ci conduisent nécessairement à un trouble mental.
L’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires constitue ainsi une orientation importante. Elle permet notamment de rendre certaines interventions accessibles sans imposer systématiquement un déplacement vers un établissement psychiatrique spécialisé. L’OMS encourage également le développement de dispositifs communautaires respectueux des droits humains, associant professionnels, familles et personnes concernées.
Faire de la santé mentale un droit réellement accessible
La Journée mondiale de la santé mentale rappelle que demander une aide psychologique ou psychiatrique ne devrait jamais être considéré comme un signe de faiblesse. La prévention, le diagnostic, le traitement et l’accompagnement doivent pouvoir s’inscrire dans une démarche sanitaire ordinaire, au même titre que les autres besoins de santé.
En 2026, le message va cependant plus loin : améliorer les services suppose aussi de reconnaître la capacité des personnes concernées à contribuer aux décisions qui touchent leur propre existence. Une politique de santé mentale véritablement inclusive ne se construit pas uniquement pour les patients. Elle se construit aussi avec eux, en reconnaissant leur expérience, leurs besoins et leur dignité.
La Rédaction

