Le 2 novembre rappelle que les violences contre les journalistes menacent bien davantage qu’une profession : elles portent atteinte au droit des citoyens à être informés. En 2026, l’UNESCO attire l’attention sur l’évolution des menaces et la persistance de l’impunité, alors que la grande majorité des assassinats de journalistes demeure sans résolution judiciaire.
Un journaliste assassiné, agressé ou menacé dans l’exercice de son métier ne représente pas seulement une victime individuelle. Derrière chaque attaque se trouve aussi une information susceptible de ne jamais être révélée, une enquête interrompue ou un témoignage réduit au silence. Lorsque les auteurs de ces actes échappent à la justice, les conséquences peuvent durablement affecter l’ensemble de la société.
Célébrée chaque 2 novembre, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes a été instituée par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2013. La date rend hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes français de Radio France Internationale assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal, au Mali.
En 2026, l’UNESCO a retenu le thème « Threats Evolve. Impunity Endures », que l’on peut traduire par « Les menaces évoluent, l’impunité persiste ». Cette orientation souligne que les formes d’attaque changent avec les technologies, tandis que la recherche des responsabilités judiciaires demeure un défi majeur.
Des assassinats dont la majorité reste sans résolution judiciaire
Selon l’Observatoire de l’UNESCO, plus de 1 800 journalistes ont été tués dans le monde entre 2006 et 2025. Près de six assassinats sur sept demeurent sans résolution judiciaire, une proportion qui révèle les difficultés persistantes rencontrées dans les enquêtes et les poursuites.
Les violences prennent également d’autres formes : enlèvements, agressions physiques, intimidations, harcèlement numérique et menaces contre les proches. Les femmes journalistes sont particulièrement exposées aux violences sexistes en ligne, notamment aux campagnes de dénigrement et aux manipulations d’images facilitées par l’intelligence artificielle.
L’impunité ne concerne donc pas uniquement l’absence de condamnation après un meurtre. Elle peut aussi résulter de l’absence d’enquête effective, de la difficulté à identifier les responsables ou de l’insuffisance des mécanismes de protection.
Au Togo : renforcer la sécurité physique et numérique des journalistes
Au Togo, la protection des professionnels de l’information fait notamment l’objet d’initiatives de formation et de sensibilisation portées par les organisations de presse et leurs partenaires.
Le 12 février 2026, la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), en collaboration avec l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT), a organisé à Lomé un atelier consacré à la sécurité des journalistes. Une trentaine de professionnels des médias ont participé à cette formation portant sur la protection physique et numérique, la prévention des risques et les bonnes pratiques face aux menaces, notamment dans l’environnement en ligne.
Le 25 février 2026, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) a également rencontré les organisations professionnelles de presse pour rappeler les dispositions encadrant le statut de journaliste et les conditions d’obtention de la carte de presse. Les échanges ont notamment porté sur l’évolution de la profession face à l’essor des nouveaux acteurs numériques.
Ces démarches illustrent deux dimensions complémentaires : la nécessité de renforcer les compétences de protection des journalistes et celle de consolider un environnement professionnel clairement organisé. La prévention des violences doit toutefois s’accompagner de mécanismes permettant de signaler les attaques et d’en assurer le traitement judiciaire.
En Afrique : protéger l’information dans les zones de conflit
Sur le continent africain, les journalistes exerçant dans les régions affectées par les conflits armés sont confrontés à des risques particulièrement importants. Les déplacements sur le terrain, les difficultés d’accès aux sources et l’insécurité peuvent compromettre leur travail.
La mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali rappelle tragiquement cette exposition. Elle souligne également l’importance de préserver les preuves, de poursuivre les investigations et de coopérer au-delà des frontières lorsque les circonstances l’exigent.
Les organisations professionnelles africaines, les institutions judiciaires et les mécanismes internationaux de protection ont ainsi un rôle complémentaire à jouer pour prévenir les violences et favoriser l’établissement des responsabilités.
Faire de la justice une garantie pour le droit à l’information
La sécurité des journalistes constitue l’une des conditions essentielles d’une information libre et accessible. Lorsqu’une attaque demeure sans réponse judiciaire, elle peut encourager de nouvelles violences et dissuader d’autres professionnels d’enquêter sur des sujets d’intérêt public.
Le Plan d’action des Nations unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité encourage précisément une mobilisation associant États, institutions judiciaires, médias et société civile. Il repose sur la prévention, la protection et la poursuite des auteurs d’attaques.
La Journée du 2 novembre rappelle ainsi une exigence fondamentale : protéger les journalistes, c’est aussi défendre le droit de chacun à connaître les faits. Et lorsque des crimes sont commis contre eux, rendre justice demeure indispensable pour préserver ce droit.
La Rédaction

