La Haye — La Cour internationale de justice (CIJ) a entamé cette semaine une série d’audiences cruciales sur les obligations d’Israël en matière d’aide humanitaire aux civils palestiniens dans les territoires occupés, ravivant les projecteurs internationaux sur le conflit à Gaza.
Saisie par une demande de l’Assemblée générale des Nations Unies formulée en 2023, la CIJ doit rendre un avis consultatif sur la responsabilité juridique d’Israël de « garantir et faciliter » l’acheminement sans entrave des fournitures humanitaires vitales. Cet avis, bien que non contraignant, pourrait peser lourdement dans les négociations internationales et influencer les politiques d’aide à Israël.
Un contexte humanitaire alarmant
L’ouverture des audiences intervient alors que la situation humanitaire à Gaza est critique. Depuis le 2 mars, Israël impose un blocus renforcé sur les denrées alimentaires, le carburant et les médicaments. Le 18 mars, la reprise des bombardements israéliens et l’intensification des opérations militaires ont encore aggravé la crise, malgré les appels internationaux à un cessez-le-feu.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a récemment averti que ses stocks étaient épuisés, laissant des centaines de milliers de Palestiniens sans ressources de base. De nombreuses familles se retrouvent incapables de nourrir leurs enfants, une situation dénoncée par plusieurs ONG comme un drame humanitaire majeur.
Israël absent des audiences, mais sous pression
Alors que 40 États et quatre organisations internationales participeront aux audiences, Israël ne prévoit pas d’intervenir oralement mais pourrait soumettre une déclaration écrite. Les États-Unis, opposés à la résolution de l’ONU, prendront la parole mercredi.
Historiquement, Israël a ignoré les avis consultatifs de la CIJ, notamment celui de 2004 jugeant illégale sa barrière de séparation en Cisjordanie. Cette fois encore, rien ne garantit que la décision à venir modifie sa position, d’autant plus qu’Israël accuse régulièrement l’ONU de partialité.
L’Afrique du Sud en première ligne
Mardi, l’Afrique du Sud, qui a déjà accusé Israël de génocide dans une autre procédure en cours, exposera ses arguments devant la Cour. Pretoria se positionne comme l’un des soutiens les plus actifs de la cause palestinienne sur la scène internationale.
L’UNRWA, au cœur des tensions
La suspension des activités de l’UNRWA par Israël, entrée en vigueur en janvier, complique encore l’accès humanitaire. Israël accuse l’agence d’être infiltrée par le Hamas et lui reproche d’avoir des employés impliqués dans l’attaque du 7 octobre 2023. Toutefois, les preuves avancées restent largement contestées et non vérifiées par les Nations Unies.
Créée en 1949, l’UNRWA soutient plus de 5 millions de Palestiniens dans toute la région. Son rôle est d’autant plus vital que d’autres canaux d’aide sont entravés par le blocus israélien.
Un verdict attendu avec prudence
La CIJ devrait mettre plusieurs mois à rendre son avis. Même sans caractère obligatoire, une décision contre Israël pourrait influencer la dynamique diplomatique et renforcer les appels internationaux à lever les restrictions sur l’aide humanitaire.
Cependant, compte tenu des précédents et de la position d’Israël, il reste à voir si cette nouvelle démarche pourra véritablement infléchir la politique israélienne vis-à-vis de Gaza.
La Rédaction

