Prévenir une population de la montée des eaux ne suffit pas si personne ne sait précisément comment réagir. Dans la préfecture de Kpendjal, au nord du Togo, six communautés viennent de mettre à l’épreuve leurs dispositifs d’évacuation et d’accueil des sinistrés. Une démarche qui traduit une évolution dans la gestion des catastrophes : intervenir avant les pertes humaines et matérielles, plutôt que concentrer les moyens sur les secours après les inondations.
Dans cette partie de la région des Savanes, les crues du fleuve Kpendjal et de la rivière Sansargou de Borgou constituent une menace pour les populations riveraines. Vendredi dernier, la Croix-Rouge togolaise y a organisé une série d’exercices grandeur nature destinés à vérifier la capacité des habitants à réagir rapidement à une alerte.
Six localités ont été mobilisées : Sanloaga, Donga et Djantchogou, dans la commune Kpendjal 1, ainsi que Nalienou, Pansieri et Kpentindjoga, dans Kpendjal 2. L’opération bénéficie de l’appui de la Croix-Rouge allemande et du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement.
Une alerte doit déclencher des gestes précis
L’intérêt de ces simulations réside moins dans leur caractère spectaculaire que dans les mécanismes qu’elles permettent de tester. Chaque communauté a été placée devant un scénario de montée des eaux nécessitant une réaction organisée.
Il fallait notamment déplacer les personnes exposées vers des espaces sécurisés, organiser leur enregistrement et prévoir leur prise en charge. Des postes de soins, des dortoirs, des espaces réservés aux enfants et des enclos destinés aux animaux ont ainsi été intégrés aux dispositifs.
Ces aménagements soulignent une dimension souvent négligée de la prévention. Évacuer une famille ne consiste pas uniquement à lui demander de quitter son habitation. Encore faut-il prévoir sa destination, les conditions de son accueil, les besoins des personnes vulnérables et, dans les communautés rurales, la protection du bétail qui constitue parfois une part essentielle des moyens de subsistance.
L’exercice permet également d’identifier les difficultés de coordination susceptibles de ralentir une intervention réelle. Une information météorologique n’acquiert en effet toute son utilité que lorsqu’elle parvient suffisamment tôt aux habitants et se traduit par des décisions concrètes.
Réduire les pertes avant la catastrophe
Cette approche s’inscrit dans une transformation plus large de la réponse humanitaire au Togo. La Croix-Rouge multiplie désormais les interventions fondées sur l’anticipation, en complément des opérations traditionnelles de secours.
En août dernier, douze localités des préfectures des Lacs, de Bas-Mono et de Yoto avaient déjà participé à des simulations similaires. Ces opérations visaient notamment à éprouver les systèmes d’alerte précoce et la réactivité des volontaires chargés de surveiller les cours d’eau.
Une autre initiative, le projet REBUMAA, a permis cette année de mobiliser 253 millions de FCFA au bénéfice de 5 000 ménages vulnérables, notamment à travers une assistance financière anticipée. L’objectif était de leur donner les moyens de prendre certaines dispositions avant la survenue d’éventuelles inondations.
Les exercices conduits dans le Kpendjal relèvent d’un programme distinct, mais participent de cette même logique : réduire l’exposition des communautés en agissant suffisamment tôt.
Le véritable test viendra lors d’une crue
La mobilisation observée dans les six localités constitue une étape encourageante, sans pour autant garantir que tous les mécanismes fonctionneront automatiquement en situation réelle.
Une crue peut survenir dans des conditions bien différentes de celles d’un exercice préparé : de nuit, sous de fortes précipitations ou lorsque les voies de déplacement deviennent difficilement praticables. La continuité des dispositifs d’alerte, la disponibilité des volontaires et l’entretien des espaces d’accueil resteront donc déterminants.
Pour les communautés riveraines du Kpendjal, l’enjeu est désormais de conserver ces réflexes au-delà de la simulation. La réussite d’une politique de prévention ne se mesure pas seulement à sa capacité à annoncer une catastrophe, mais au nombre de personnes qu’elle permet de mettre à l’abri avant qu’elle ne survienne.
La Rédaction
Sources : Agence togolaise de presse (ATOP) ; Croix-Rouge togolaise.

