La Côte d’Ivoire prépare sa stratégie nationale sur l’hydrogène vert. Derrière cette ambition énergétique se pose désormais une question beaucoup plus concrète : le pays dispose-t-il des ressources, des usages, des compétences et des conditions économiques permettant de transformer cette technologie en véritable filière industrielle ?
Produire de l’hydrogène vert ne consiste pas seulement à installer des électrolyseurs. Il faut disposer d’électricité renouvelable suffisamment abondante et compétitive, d’eau, d’infrastructures, de financements, de compétences techniques et surtout de débouchés capables de justifier les investissements.
C’est précisément sur ces paramètres que la Côte d’Ivoire veut désormais travailler. La stratégie nationale en préparation devra identifier les usages pertinents de l’hydrogène vert, mesurer leur viabilité et déterminer les conditions nécessaires au développement d’une filière nationale.
Produire, mais pour quels usages ?
L’hydrogène vert est obtenu par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable. Son intérêt réside notamment dans la possibilité de décarboner certaines activités industrielles difficiles à électrifier directement ou de produire des dérivés comme l’ammoniac.
Mais tous les usages ne présentent ni le même coût ni la même pertinence économique. La future stratégie ivoirienne devra donc établir des priorités plutôt que partir du principe qu’une industrie de l’hydrogène trouvera automatiquement son marché.
L’accès à une électricité renouvelable compétitive constituera l’un des principaux critères. La gestion durable de l’eau devra également être examinée, de même que les investissements, les infrastructures et le cadre réglementaire nécessaires. Ces questions figurent explicitement parmi les paramètres confiés au processus d’élaboration de la stratégie.
Une stratégie nationale dans un mouvement ouest-africain
La démarche ivoirienne ne part pas de zéro. La CEDEAO dispose déjà d’un cadre régional pour l’hydrogène vert, accompagné de stratégies et de plans d’action. Parmi les objectifs à court terme figure précisément la mise en place, dans les États membres, de politiques et de cadres institutionnels et réglementaires favorables à ces technologies.
La Côte d’Ivoire transpose désormais cette orientation à l’échelle nationale avec l’appui de WASCAL et de l’Allemagne. Le processus s’inscrit également dans le PND 2026-2030, qui fait de la transformation économique et de la mobilisation de l’investissement privé des axes importants. Le gouvernement prévoit d’ailleurs que 70,2 % des investissements du PND proviennent du secteur privé.
Cette articulation est importante : une éventuelle filière hydrogène ne pourra probablement pas reposer uniquement sur les finances publiques. Pour attirer des capitaux privés, il faudra démontrer que les projets envisagés disposent d’électricité, d’infrastructures et surtout de marchés suffisamment solides.
Former avant de construire
La Côte d’Ivoire cherche parallèlement à préparer les compétences nécessaires. WASCAL développe déjà en Afrique de l’Ouest des formations consacrées à l’énergie et à l’hydrogène vert, dont certaines impliquent l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Cette dimension évite de réduire la stratégie à une question d’équipements importés. Si une industrie apparaît, elle nécessitera des ingénieurs, chercheurs, techniciens et spécialistes capables de concevoir, exploiter et maintenir les installations.
Le véritable enjeu commence donc avant la première unité industrielle. La Côte d’Ivoire doit d’abord déterminer où l’hydrogène vert possède une justification économique dans son propre système énergétique et productif. La stratégie nationale devra apporter cette réponse. C’est seulement ensuite que l’ambition pourra passer du potentiel technologique à une filière capable d’attirer les investissements et de créer de la valeur localement.
La Rédaction
Sources : Agence ivoirienne de presse ; WASCAL ; gouvernement de Côte d’Ivoire.

