La violence en Haïti revêt deux visages : d’un côté, les gangs de rue font régner la terreur dans les quartiers populaires ; de l’autre, des réseaux de pouvoir, tapis dans l’ombre des bureaux officiels, prospèrent grâce à la prédation foncière et à la corruption, sans craindre la justice.
La peur quotidienne dans les rues
Depuis la disparition de l’État central, les bandes armées se sont multipliées et imposent un racket quotidien : enlèvements, rançons, extorsions de fonds auprès des commerçants et des familles. À Port-au-Prince, certaines artères sont désormais coupées par des barricades érigées par les chefs de gang, et la population civile paie le tribut d’un engrenage de violence qui s’étend à toute la capitale.
Les « gangs en col blanc » : complices et profiteurs
Pendant que la rue s’embrase, d’autres groupes organisés tirent profit des failles de l’État. Magistrats, responsables fonciers et hommes d’affaires corrompus pillent les terres agricoles, falsifient les titres de propriété et revendent des parcelles à prix d’or. L’affaire du journaliste Gary Tesse, assassiné pour avoir dénoncé ces pratiques, en est l’exemple tragique : le procureur mis en cause, Ronald Richemond, est accusé d’avoir usé de son immunité pour s’enrichir au détriment des paysans.
Impunité et défi pour la justice
Ni la violence des gangs de rue ni les manœuvres des élites n’ont pour l’instant rencontré de riposte judiciaire à la hauteur du phénomène. Les enquêtes stagnent, les témoins se rétractent, et aucune condamnation majeure n’est venue rompre le cercle vicieux. Pendant ce temps, l’indice de perception de la corruption reste l’un des plus bas au monde, reflétant l’ampleur du défi.
Vers une réponse coordonnée ?
Face à cette double menace, les appels à une réforme du système judiciaire se multiplient : renforcement des capacités de la police, protection des journalistes et des militants, création d’une unité spéciale anti-corruption appuyée par la communauté internationale. Sans une mobilisation conjointe, Haïti restera prisonnière de ses deux visages criminels, l’un visible dans la rue, l’autre tapi dans les salons feutrés du pouvoir.
La Rédaction

