L’annonce d’un futur référendum constitutionnel par la mission de médiation régionale ravive les tensions. L’opposition accuse l’organisation d’outrepasser son rôle et de légitimer le pouvoir de transition.
BISSAAU — La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse en Guinée-Bissau. Sept mois après la prise de pouvoir des militaires et l’interruption du processus électoral, la mission de médiation de l’organisation régionale est vivement contestée par une partie de l’opposition, qui l’accuse désormais de perdre la neutralité indispensable à toute sortie de crise.
À l’origine de la polémique, une déclaration du chef de la mission, le ministre sierra-léonais des Affaires étrangères Timothy Kabba, annonçant qu’un projet de révision de la Constitution serait soumis à référendum. Cette annonce, inattendue pour une partie de la classe politique bissau-guinéenne, a immédiatement relancé les interrogations sur les limites du mandat confié à la Cédéao.
Une médiation accusée de franchir la ligne rouge
Pour plusieurs responsables de l’opposition, la Cédéao ne se contente plus d’accompagner le dialogue politique, mais participe désormais à l’orientation du processus institutionnel. Depuis Lisbonne, où il vit en exil, Elton Infanda, porte-parole de Fernando Dias — qui continue de revendiquer sa victoire à l’élection présidentielle interrompue de novembre 2025 — estime que l’organisation régionale a perdu toute impartialité.
Selon lui, évoquer un référendum constitutionnel sans consultation préalable des principales forces politiques revient à cautionner les décisions prises par les autorités de transition depuis leur arrivée au pouvoir. Une position qui, selon l’opposition, fragilise davantage la confiance dans le rôle de médiateur de la Cédéao.
Une réforme constitutionnelle aux conséquences politiques majeures
Au-delà de la procédure, c’est le contenu de la future réforme qui concentre les inquiétudes. Si le texte n’a pas encore été promulgué par le président Horta N’Tam, plusieurs responsables politiques redoutent qu’une nouvelle Constitution ne modifie les règles du jeu à quelques mois des élections prévues en décembre 2026.
L’opposition craint notamment une redéfinition des conditions d’éligibilité des candidats, une recomposition des institutions ou encore une consolidation du pouvoir des autorités de transition. Pour ses dirigeants, une réforme conduite sous un régime issu d’un coup de force militaire ne peut bénéficier d’une véritable légitimité démocratique.
La Cédéao tente de désamorcer la controverse
Face à la montée des critiques, l’organisation régionale a rapidement apporté des précisions. Dans un communiqué, elle affirme n’avoir « validé aucun processus constitutionnel au nom du peuple de la Guinée-Bissau », précisant qu’elle s’est limitée à présenter la feuille de route politique discutée avec les autorités nationales.
Cette mise au point n’a cependant pas suffi à apaiser les tensions. Pour de nombreux opposants, la simple évocation publique d’un référendum par la mission régionale constitue déjà une prise de position qui risque d’influencer le cours de la transition.
Une crédibilité régionale sous surveillance
Cette nouvelle polémique intervient dans un contexte où plusieurs figures de l’opposition demeurent contraintes au silence ou à l’exil, réduisant les espaces de dialogue politique. Elle met également en lumière les difficultés croissantes de la Cédéao à préserver son image d’arbitre impartial dans les transitions politiques ouest-africaines.
Alors que l’organisation cherche à accompagner un retour à l’ordre constitutionnel, sa capacité à conserver la confiance de l’ensemble des acteurs apparaît désormais comme l’un des principaux défis de la transition bissau-guinéenne.
La Rédaction
Sources et références
Communiqué officiel de la Cédéao

