La progression des forces alliées au gouvernement éthiopien vers la frontière érythréenne ravive les craintes d’un affrontement entre les deux voisins. Accusations d’invasion, frappes de drones et appels au Conseil de sécurité de l’ONU font redouter une extension du conflit à l’ensemble de la Corne de l’Afrique.
Dans le nord de l’Éthiopie, les mouvements militaires rapprochent dangereusement Addis-Abeba et Asmara d’une confrontation directe. Après la reprise de Mekele, capitale du Tigré, les forces alliées au gouvernement fédéral poursuivent leur progression vers la frontière érythréenne. La ville stratégique d’Adigrat, située à une quarantaine de kilomètres de l’Érythrée, aurait été reprise le 11 octobre au matin.
Cette avancée intervient dans un climat de rupture diplomatique. Les deux États s’accusent mutuellement d’agression et ont porté leur différend devant le Conseil de sécurité des Nations unies. La crainte d’une nouvelle guerre entre ces anciens alliés gagne désormais l’ensemble de la région.
Deux pays qui s’accusent de préparer la guerre
Le 9 octobre, l’Éthiopie a dénoncé auprès de l’ONU une incursion militaire érythréenne sur son territoire. Selon Addis-Abeba, des unités d’infanterie et des moyens mécanisés auraient pénétré jusqu’à 60 kilomètres à l’intérieur du Tigré. Le gouvernement éthiopien invoque l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui reconnaît le droit à la légitime défense.
L’Érythrée rejette cette version. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité le 10 octobre, son ministre des Affaires étrangères, Osman Saleh, accuse l’Éthiopie de chercher à justifier une guerre d’agression. Asmara réclame des mesures dissuasives et avertit qu’un conflit ouvert pourrait provoquer des destructions considérables dans les deux pays.
Sur le terrain, plusieurs informations font état de frappes de drones éthiopiens visant des positions érythréennes au Tigré. Des mouvements de repli auraient également été observés parmi les troupes présentes dans la région. L’ampleur exacte des déploiements reste toutefois difficile à établir de manière indépendante.
Le Tigré redevient l’épicentre de la crise
La reprise des combats menace directement les acquis de l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 pour mettre fin à deux années de guerre dévastatrice au Tigré.
La situation actuelle résulte aussi de rivalités internes éthiopiennes. Les forces fédérales et leurs alliés combattent plusieurs groupes armés, tandis que les autorités accusent l’Érythrée de soutenir certaines factions rebelles, ce qu’Asmara conteste.
À ces rivalités s’ajoute la question stratégique de l’accès à la mer Rouge. Privée de littoral depuis l’indépendance érythréenne en 1993, l’Éthiopie considère l’accès maritime comme un enjeu économique majeur. Les déclarations d’Addis-Abeba sur cette question alimentent depuis plusieurs années les inquiétudes de son voisin.
Pour les populations du Tigré, déjà éprouvées par les violences, les déplacements et les destructions d’infrastructures, la reprise des opérations militaires compromet davantage le retour à une vie normale.
L’ONU face au risque d’embrasement régional
Les Nations unies ont exprimé leur profonde inquiétude devant les nouveaux affrontements au Tigré, en Afar et en Amhara. Le secrétaire général appelle les parties à cesser immédiatement les hostilités et à renouer le dialogue dans le cadre de l’accord de Pretoria.
Les inquiétudes dépassent les deux pays. Une confrontation ouverte pourrait déstabiliser les corridors commerciaux, provoquer de nouveaux déplacements de populations et fragiliser une Corne de l’Afrique déjà confrontée à plusieurs crises sécuritaires et humanitaires.
La priorité diplomatique consiste désormais à empêcher que les opérations militaires au Tigré ne se transforment en guerre interétatique. Entre revendications territoriales, accusations croisées et avancées militaires, la marge de négociation se réduit. L’enjeu immédiat reste d’obtenir une désescalade avant que les combats ne franchissent un seuil difficilement réversible.
La Rédaction

