Dans le sud-est du Togo, une forêt ancienne retrouve progressivement sa végétation grâce à la mobilisation des habitants. À Kouenou, près d’Aného, les interdits traditionnels et la sensibilisation environnementale se rejoignent pour préserver Sovivé, un espace sacré longtemps fragilisé par les prélèvements de bois. Une expérience locale qui illustre le rôle des communautés dans la sauvegarde de la biodiversité.
À Kouenou, la forêt n’est pas seulement un ensemble d’arbres. Elle appartient à la mémoire du village, abrite des lieux de culte et participe à l’équilibre d’un territoire marqué par la présence d’un lac et d’une vaste plaine.
Connue sous le nom de Sovivé, expression désignant la « forêt de l’esprit », elle remonterait au XVIIe siècle, selon le chef traditionnel Ekué Aduayom. Des arbres y sont considérés comme sacrés, tandis que certains espaces restent réservés aux pratiques spirituelles.
Quand la pression sur le bois menace le patrimoine
Malgré son statut coutumier, Sovivé n’a pas échappé à la dégradation. La coupe de bois destinée à la vente ou à la fabrication de charbon a progressivement réduit son couvert végétal.
Cette situation révèle une tension fréquente dans les zones rurales : la nécessité de répondre aux besoins économiques immédiats peut fragiliser des ressources naturelles pourtant essentielles à la communauté.
Face à cette évolution, les habitants ont engagé une démarche de sensibilisation aux conséquences de la déforestation et à l’importance du reboisement.
Une restauration portée par les villageois
Selon le chef de Kouenou, les prélèvements destructeurs ont cessé à la suite de cette mobilisation. Des espaces sont désormais replantés par les habitants, tandis que l’accès à la forêt fait l’objet de restrictions.
Le site abriterait notamment des singes, des reptiles considérés comme sacrés et diverses espèces végétales. Aucun inventaire scientifique détaillé n’est toutefois présenté pour mesurer l’évolution de cette biodiversité.
La restauration reste donc un processus en cours, plutôt qu’une reconstitution écologique entièrement achevée.
Entre conservation et tourisme culturel
Les autorités traditionnelles souhaitent également développer l’attractivité touristique de Sovivé, en valorisant son patrimoine naturel et spirituel.
Cette perspective suppose de concilier fréquentation des visiteurs, protection des espèces et respect des pratiques coutumières. Une ouverture mal encadrée pourrait introduire de nouvelles pressions sur un milieu encore en régénération.
À Kouenou, l’expérience rappelle surtout que la protection de la nature ne repose pas uniquement sur les dispositifs administratifs. Les savoirs locaux, les règles communautaires et l’engagement des habitants peuvent aussi contribuer à préserver des espaces naturels menacés.
La Rédaction
Source : Agridigitale, « La forêt sacrée de Kouenou sauvée de la déforestation »

