Une jeune femme assassinée dans un bureau de Rome
Le 7 août 1990, Simonetta Cesaroni, 20 ans, se rend dans les locaux de l’Association italienne des auberges de jeunesse, au 2 via Carlo Poma, dans le quartier Prati à Rome. La jeune secrétaire doit y effectuer quelques heures de travail administratif. Dans la soirée, lorsqu’elle ne rentre pas chez elle, sa famille s’inquiète et part à sa recherche.
Son corps est finalement découvert dans l’un des bureaux. Simonetta a été frappée à 29 reprises avec une arme blanche. La violence du meurtre contraste avec l’absence apparente d’effraction et avec le cadre dans lequel il s’est produit : un immeuble résidentiel et professionnel du centre de Rome. Très vite, une question obsède les enquêteurs : le meurtrier connaissait-il suffisamment les lieux pour entrer, tuer puis repartir sans attirer l’attention ?
Des soupçons qui changent de cible
L’enquête va connaître de multiples pistes et plusieurs suspects au fil des années. Mais aucun élément matériel ne permet de reconstruire avec certitude ce qui s’est passé dans le bureau entre l’arrivée de Simonetta et la découverte de son corps.
L’affaire devient l’un des grands mystères criminels italiens. Les expertises se succèdent et les progrès de la police scientifique permettent de réexaminer certaines traces. Près de vingt ans après le crime, l’enquête finit par se concentrer sur Raniero Busco, qui était le petit ami de Simonetta au moment des faits.
Raniero Busco condamné à 24 ans
Le dossier contre Busco repose notamment sur l’interprétation d’une blessure constatée sur le corps de Simonetta, considérée par l’accusation comme une morsure, ainsi que sur des analyses génétiques effectuées sur des vêtements de la victime.
Le 26 janvier 2011, la cour d’assises de Rome le reconnaît coupable du meurtre et le condamne à 24 ans de réclusion. Plus de vingt ans après la mort de Simonetta, l’une des affaires les plus célèbres d’Italie semble enfin avoir trouvé son responsable.
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Une condamnation qui s’effondre en appel
Mais le procès d’appel bouleverse entièrement cette première vérité judiciaire. Les expertises sur lesquelles reposait une partie de l’accusation sont réévaluées. La qualification de la blessure comme morsure est notamment remise en cause, tout comme la portée incriminante des éléments génétiques.
Le 27 avril 2012, la cour d’assises d’appel de Rome acquitte Raniero Busco « pour ne pas avoir commis le fait ». L’accusation conteste cette décision et saisit la Cour de cassation.
La Cassation ferme définitivement la piste Busco
Le 26 février 2014, la Cour de cassation confirme l’acquittement. Raniero Busco est définitivement innocenté dans cette procédure. Dans les motivations rendues quelques mois plus tard, la haute juridiction souligne qu’il n’existe pas de preuves permettant de lui attribuer le meurtre.
La Cassation considère notamment insoutenable, en l’absence de preuve qu’il s’agissait réellement d’une morsure, la construction permettant d’attribuer cette blessure à Busco. Elle remet également en cause l’interprétation accusatoire de l’ADN retrouvé sur les vêtements. La condamnation à 24 ans prononcée trois ans auparavant s’est ainsi totalement effondrée.
2026 : l’ADN est encore interrogé
L’acquittement de Busco n’a pas résolu le meurtre. Bien au contraire : Simonetta Cesaroni se retrouve de nouveau sans assassin judiciairement identifié. Des décennies après les faits, de nouvelles investigations sont encore menées.
En décembre 2024, un juge refuse une demande de classement et ordonne de nouveaux examens portant notamment sur les traces ADN, les photographies et plusieurs témoignages. En juin 2026, les profils génétiques de huit personnes — cinq femmes et trois hommes qui résidaient dans l’immeuble à l’époque et n’avaient jamais été mises en cause — sont comparés aux traces disponibles. Les résultats sont négatifs. L’enquête contre X demeure ouverte.
Comment une vérité judiciaire peut-elle s’effondrer ?
C’est cette succession qui donne à l’affaire Via Poma toute sa dimension d’énigme judiciaire. En 2011, une cour d’assises considère les éléments suffisamment solides pour condamner un homme à 24 années de prison. En 2012, une autre juridiction réexamine ces mêmes fondations et l’acquitte. En 2014, la plus haute juridiction italienne confirme définitivement que les preuves ne permettent pas de lui attribuer le crime.
Et l’histoire ne s’arrête pas à cet acquittement. Trente-six ans après le meurtre, la justice italienne cherche encore dans les traces laissées en 1990 ce qu’elle n’a jamais réussi à établir : qui se trouvait avec Simonetta Cesaroni dans ce bureau et qui l’a tuée ?
La Rédaction
Sources et références
- Cour de cassation italienne.
- Cour d’assises et cour d’assises d’appel de Rome.
- Parquet de Rome.
- ANSA.
- Rai News.

