La transition énergétique ne se joue pas uniquement dans la quantité d’électricité verte produite. À mesure que panneaux solaires, éoliennes et réseaux occupent davantage d’espace, une autre question s’impose : ces infrastructures peuvent-elles contribuer à restaurer les terres plutôt que simplement les utiliser ? De la Chine à l’Afrique du Sud en passant par l’Inde, plusieurs expériences montrent que les deux objectifs peuvent parfois se rejoindre.
Produire de l’électricité sans carbone tout en réparant des sols dégradés : l’idée pourrait sembler contradictoire. Elle devient pourtant centrale à mesure que l’empreinte foncière de la transition énergétique augmente. La question a notamment été discutée à Oulan-Bator, en Mongolie, dans le cadre des travaux internationaux consacrés à la désertification et à la restauration des terres.
L’enjeu est considérable. Les infrastructures renouvelables nécessitent des terrains, des voies d’accès et des réseaux électriques qui peuvent eux-mêmes perturber les écosystèmes. Mais certaines expériences tentent désormais de transformer cette contrainte en opportunité.
Des anciennes mines aux déserts
En Afrique du Sud, d’anciens terrains miniers dégradés peuvent accueillir des installations renouvelables, permettant de réutiliser des espaces déjà profondément transformés par l’activité humaine plutôt que de mobiliser de nouvelles terres naturelles.
En Chine, l’approche va parfois plus loin. Dans certaines régions désertiques, des installations photovoltaïques sont associées à la végétation et à des dispositifs de gestion de l’eau. Les panneaux réduisent localement la vitesse du vent et l’évaporation, tandis que des plantes contribuent à stabiliser les sols et à limiter le déplacement du sable.
L’installation énergétique ne sert alors plus seulement à produire de l’électricité : elle devient l’un des éléments d’un programme plus large de restauration du paysage.
En Inde, énergie et agriculture sur une même terre
Une autre voie se développe sur les terres agricoles. En Inde, des systèmes d’irrigation solaire permettent à des exploitants d’alimenter leurs pompes grâce au photovoltaïque et, dans certains projets, de revendre l’électricité excédentaire.
Cette combinaison évite de placer systématiquement production agricole et production énergétique en concurrence. Une même exploitation peut continuer à fournir des aliments tout en devenant productrice d’énergie. Pour les agriculteurs, l’intérêt est double : réduire certaines dépenses énergétiques et créer une source complémentaire de revenus.
Une transition qui n’est jamais sans impact
Ces expériences ne doivent toutefois pas masquer les risques. Une centrale photovoltaïque mal implantée peut nécessiter le défrichage de végétation, fragmenter des habitats naturels, perturber la faune ou modifier l’écoulement des eaux.
« Rien n’est sans impact », rappelle Julian Blanc, responsable des questions liées à la biodiversité et aux terres au Programme des Nations unies pour l’environnement.
Tout dépend donc du choix du site et de la manière dont le projet est conçu. Avant d’installer des infrastructures, les experts recommandent d’examiner la biodiversité, les ressources en eau, les activités des populations, les couloirs de migration des animaux ainsi que les risques de sécheresse ou d’inondation.
L’idée est simple : ne plus choisir d’abord un terrain avant d’en mesurer les conséquences, mais identifier en amont les espaces capables d’accueillir de nouvelles infrastructures sans aggraver les pressions existantes.
Faire de la transition énergétique une transition des territoires
Il n’existe pas de recette universelle. Une solution adaptée au désert chinois ne peut être reproduite telle quelle dans les pâturages mongols, une exploitation indienne ou une ancienne mine africaine.
Mais ces expériences changent progressivement la manière de penser la transition énergétique. La question n’est plus seulement de déterminer combien d’électricité renouvelable peut être produite, mais aussi ce que devient le territoire qui l’accueille.
À mesure que les renouvelables gagneront du terrain, cette exigence deviendra déterminante : réussir la transition verte sans remplacer une dégradation environnementale par une autre. Et, lorsque les conditions le permettent, faire des espaces consacrés à l’énergie des lieux capables de retrouver aussi une partie de leurs fonctions écologiques.
La Rédaction
Source : Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ; Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).

