La transition énergétique ne se joue pas uniquement dans les centrales électriques ou les réseaux de distribution. Elle commence aussi dans les cuisines, où le bois et le charbon restent les principaux combustibles. Au Togo, la préparation d’un programme national d’accès à la cuisson propre met en lumière un défi longtemps resté secondaire : réduire les risques sanitaires liés aux fumées domestiques tout en rendant les solutions alternatives accessibles aux ménages, particulièrement dans les campagnes.
L’accès à l’électricité progresse, mais cette évolution ne transforme pas automatiquement les habitudes de cuisson. Pour de nombreuses familles togolaises, le bois et le charbon demeurent les solutions les plus disponibles ou les plus abordables, malgré leurs conséquences sanitaires et environnementales.
Selon la Banque mondiale, 13,2 % de la population avait accès à des combustibles et technologies de cuisson propres en 2023. Cette moyenne nationale dissimule une fracture majeure : 26,4 % en milieu urbain, contre seulement 1,1 % dans les zones rurales.
Ces disparités montrent que la question dépasse la simple disponibilité des équipements. Elle concerne le pouvoir d’achat, les circuits d’approvisionnement et la capacité des ménages à adopter durablement de nouvelles pratiques.
La cuisine, un espace oublié de la transition énergétique
La combustion du bois et du charbon produit des fumées contenant des particules fines et d’autres substances nocives. Dans les logements peu ventilés, leur inhalation répétée accroît les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
Cette exposition touche particulièrement les personnes qui passent le plus de temps à proximité des foyers, notamment les femmes et les enfants. À ces conséquences sanitaires s’ajoute la pression exercée sur les ressources forestières lorsque le prélèvement de bois dépasse leur capacité de renouvellement.
Pourtant, remplacer les combustibles traditionnels ne relève pas d’un simple changement d’équipement. Une solution de cuisson propre doit être abordable, facile à utiliser et alimentée régulièrement. Sans ces conditions, les ménages peuvent continuer à recourir au bois ou au charbon, même lorsqu’ils possèdent un dispositif alternatif.
Du projet technique à une politique nationale
Le ministère délégué chargé de l’Énergie prépare un Programme national d’accès à la cuisson propre, avec l’ambition de parvenir à une couverture universelle à l’horizon 2030.
L’Agence néerlandaise pour l’entreprise (RVO) accompagne l’élaboration de ce cadre, par l’intermédiaire du cabinet EED Advisory. Plusieurs étapes préparatoires ont déjà été franchies, notamment l’examen des technologies retenues, la définition des objectifs et l’élaboration des plans d’action.
L’enjeu consiste désormais à organiser une filière cohérente, depuis la disponibilité des équipements jusqu’à leur financement, leur distribution et leur entretien. Les entreprises privées auront un rôle important, mais les pouvoirs publics devront également veiller à ce que les solutions proposées ne restent pas réservées aux ménages disposant des revenus les plus élevés.
Le monde rural, véritable mesure du succès
Avec un taux d’accès estimé à 1,1 % en 2023, les campagnes représentent le principal défi. L’éloignement des points de distribution, les contraintes financières et la disponibilité immédiate du bois compliquent l’adoption de nouvelles technologies.
L’objectif de 2030 exigera donc des investissements importants et des mécanismes adaptés aux réalités locales. Il faudra également distinguer les équipements distribués de ceux effectivement utilisés, car une installation ne garantit pas l’abandon des combustibles traditionnels.
Pour le Togo, la réussite de cette transition ne se mesurera pas seulement au nombre de foyers équipés, mais à la capacité des ménages à cuisiner quotidiennement dans de meilleures conditions. C’est dans cette transformation concrète des usages, particulièrement en milieu rural, que se jouera la portée du futur programme national.
La Rédaction
Sources : ministère délégué chargé de l’Énergie ; Banque mondiale ; Agence néerlandaise pour l’entreprise (RVO).

