Une affaire d’État vieille de 3 000 ans sort de l’ombre
La mort de Ramsès III, dernier grand souverain de l’Égypte impériale, est longtemps restée une énigme. Mais les technologies médicales modernes ont tranché – littéralement : le pharaon a bien été assassiné. Ce crime d’État, fomenté dans le secret du harem royal, révèle les déchirements d’une dynastie en fin de règne.
Un papyrus judiciaire qui change tout
La découverte, au XIXe siècle, d’un long papyrus datant du XIIe siècle avant notre ère a bouleversé les connaissances historiques. Ce document exceptionnel détaille un complot fomenté au cœur même du palais, mené par Tiyi, épouse secondaire de Ramsès III, pour placer son fils Pentaour sur le trône.
Le texte décrit un procès pour haute trahison, impliquant de hauts dignitaires, des serviteurs et même le médecin du pharaon. Mais un fait troublant a longtemps alimenté les doutes : le papyrus ne mentionne jamais la réussite de l’attentat. Ce silence a été interprété comme un acte de prudence des scribes, soucieux de ne pas consigner l’assassinat d’un roi divin.
Le harem royal, théâtre d’une guerre de succession
Sous Ramsès III, le harem royal concentrait tous les dangers du pouvoir. Tyti, épouse principale, et Tiyi, épouse secondaire, y cohabitaient dans un climat de rivalités exacerbées. Ramsès III aurait eu près d’une centaine d’enfants, provoquant une compétition permanente autour de la succession.
En 1164 av. J.-C., la mort d’un prince héritier favorise l’ascension du fils de Tyti, futur Ramsès IV. Pour Tiyi, la menace est directe. Des recherches récentes, notamment celles de l’égyptologue Susan Redford, suggèrent qu’elle aurait pu détenir un statut de reine, ce qui donnerait à son fils une prétention légitime au trône. C’est dans ce contexte explosif qu’elle décide de passer à l’action.
Les acteurs du complot
• Ramsès III : pharaon régnant de 1186 à 1155 av. J.-C., dernier souverain puissant du Nouvel Empire.
• Tyti : épouse principale, mère du successeur légitime.
• Tiyi : épouse secondaire, instigatrice du complot.
• Pentaour : fils de Tiyi, prétendant illégitime au trône.
• Médecin du pharaon : acteur-clé dans l’exécution du complot.
La science tranche : Ramsès III a bien été égorgé
Longtemps, l’hypothèse d’un meurtre manquait de preuves tangibles. La momie du pharaon, découverte en 1886, ne montrait aucun signe évident de violence. Mais en 2012, une équipe internationale utilise la tomodensitométrie et des analyses ADN pour réexaminer la dépouille.
Le verdict est sans appel : Ramsès III a eu la gorge tranchée jusqu’à l’os. L’arme a touché la trachée et les gros vaisseaux du cou. La violence de l’acte ne laisse aucun doute sur l’intention : il s’agit bien d’un assassinat prémédité.
Fait remarquable, les embaumeurs ont inséré des amulettes et des statuettes d’Horus à la place de ses organes abdominaux, espérant sans doute réparer le crime dans l’au-delà.
La “momie hurlante”, fils déchu et maudit
À proximité de Ramsès III, une autre momie au visage déformé par une grimace macabre intrigue les archéologues depuis plus d’un siècle. Les tests ADN révèlent qu’il s’agit très probablement de Pentaour. Condamné après l’échec du complot, il aurait été contraint au suicide. Son corps, enveloppé dans une peau de mouton – symbole d’impureté – n’a pas été momifié selon les rites royaux.
Une conspiration aux conséquences historiques
Le complot n’a pas atteint son objectif politique. Ramsès IV, fils de Tyti, succède bien à son père. Tiyi, la reine conspiratrice, disparaît des archives. Aucun tombeau n’a jamais été identifié. Certains chercheurs estiment qu’elle aurait été condamnée à la peine la plus infamante : l’exécution par le feu, privant son âme d’une vie après la mort.
La mort de Ramsès III ne marque pas seulement la fin d’un règne. Elle symbolise le crépuscule du Nouvel Empire. L’Égypte, déjà fragilisée par des crises économiques et des menaces extérieures, entre dans une ère de déclin irréversible.
La Rédaction

