La nouvelle escalade militaire au Yémen produit déjà ses effets sur la rive africaine de la mer Rouge. Près de 3 000 personnes ont rejoint Djibouti en quelques jours et le HCR se prépare désormais à plus de 10 000 arrivées. Pour ce petit État de la Corne de l’Afrique, l’urgence est double : accueillir les réfugiés alors que les capacités disponibles et les financements humanitaires sont déjà sous pression.
La guerre au Yémen déborde à nouveau de ses frontières. Face à l’intensification des combats sur la côte occidentale, des milliers de personnes ont emprunté des embarcations pour traverser le détroit de Bab el-Mandeb et gagner Djibouti.
Au 17 septembre, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) recensait 2 935 arrivées en huit jours, dont environ 60 % de femmes et d’enfants. Les débarquements se concentrent notamment autour d’Obock, avant le transfert d’une partie des réfugiés vers le site de Markazi.
Plus de 10 000 arrivées désormais envisagées
L’afflux pourrait rapidement changer d’échelle. Le HCR et ses partenaires préparent leur dispositif pour plus de 10 000 arrivées au cours des prochains mois. Les conditions maritimes actuellement difficiles limitent encore les traversées, mais l’agence s’attend à une augmentation lorsque la navigation deviendra plus favorable après la mi-octobre.
Cette projection place Djibouti en première ligne d’une crise dont l’épicentre demeure au Yémen. Le pays accueille déjà environ 35 000 réfugiés et demandeurs d’asile, principalement originaires de Somalie, d’Éthiopie et du Yémen.
À Markazi, la marge de manœuvre est limitée. Le site dispose d’une capacité supplémentaire d’environ 5 000 personnes, soit deux fois moins que le nombre d’arrivées désormais envisagé. Les besoins concernent déjà l’hébergement, l’eau, les soins, la protection et la scolarisation des enfants.
Une crise yéménite qui s’étend à la Corne de l’Afrique
Cette traversée de la mer Rouge constitue la dimension africaine d’un déplacement beaucoup plus vaste. Depuis la nouvelle escalade de septembre, environ 128 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du Yémen, selon le HCR. Elles s’ajoutent aux 5,2 millions de personnes qui vivaient déjà en situation de déplacement interne avant cette nouvelle phase du conflit.
Si les combats persistent, l’ONU estime que les nouveaux déplacements pourraient dépasser 230 000 personnes. Le détroit de Bab el-Mandeb devient ainsi simultanément un espace stratégique pour le commerce mondial et une voie de fuite pour des familles cherchant refuge sur la rive africaine.
Djibouti occupe une position particulière dans cette géographie. Séparé du Yémen par quelques dizaines de kilomètres au point le plus étroit du détroit, le pays avait déjà accueilli des réfugiés yéménites lors des précédentes phases de la guerre. La nouvelle offensive réactive aujourd’hui ce corridor humanitaire.
Des moyens qui ne suivent pas encore les arrivées
Le principal risque est désormais celui d’un décalage entre la vitesse des déplacements et les moyens disponibles. L’opération du HCR à Djibouti n’est financée qu’à 15 % pour 2026. L’agence réclame 13,5 millions de dollars supplémentaires, environ 7,5 milliards de FCFA, pour assurer l’accueil, l’enregistrement, la protection et les services essentiels aux nouveaux arrivants.
La situation est à peine meilleure au Yémen, où le dispositif du HCR n’est financé qu’à 18 %. L’agence estime à 25 millions de dollars, environ 13,8 milliards de FCFA, les ressources nécessaires en urgence pour venir en aide à quelque 231 000 personnes.
Pour Djibouti, la question n’est donc plus seulement de savoir si la guerre yéménite provoquera des départs vers l’Afrique : ces départs ont déjà commencé. L’enjeu est désormais de savoir si les capacités d’accueil et les financements augmenteront aussi rapidement que le nombre de personnes traversant la mer Rouge.
La Rédaction
Sources : Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ; UNHCR Operational Data Portal.

