Escroqueries en ligne, intelligence artificielle détournée et criminalité organisée : les méthodes évoluent plus vite que les réponses judiciaires. Après le Congrès des Nations unies d’Abou Dhabi, les États disposent désormais d’une feuille de route accompagnée de 61 engagements pour renforcer leur coopération d’ici 2031.
La criminalité ne connaît plus les mêmes frontières. Une fraude peut être organisée depuis un continent, viser des victimes installées sur un autre et faire transiter les fonds dérobés par plusieurs juridictions en quelques minutes. Face à cette transformation, les dispositifs nationaux de prévention et de poursuite montrent leurs limites.
Réunis à Abou Dhabi du 26 septembre au 1er octobre, les participants au 15e Congrès des Nations unies pour la prévention du crime et la justice pénale ont adopté une déclaration destinée à moderniser la coopération internationale. Au terme des travaux, 61 engagements ont été annoncés dans le cadre de l’initiative Pledge4Justice, donnant une portée opérationnelle aux orientations retenues.
Quand la criminalité devient un service commercial
La Déclaration d’Abou Dhabi met en évidence une évolution préoccupante : les activités criminelles prennent progressivement la forme de véritables marchés spécialisés. Des réseaux proposent désormais des outils de piratage, des infrastructures frauduleuses ou des prestations facilitant certaines violences, sans que leurs utilisateurs possèdent nécessairement les compétences techniques correspondantes.
Ce phénomène, désigné notamment par les expressions « crime en tant que service » et « violence en tant que service », favorise la multiplication des acteurs criminels. L’intelligence artificielle amplifie certains risques en facilitant la production de faux contenus, l’usurpation d’identité et la manipulation des victimes.
Pour les autorités judiciaires, la difficulté consiste à identifier les responsables, préserver les preuves numériques et obtenir rapidement la coopération des pays concernés. Les procédures traditionnelles, souvent longues et cloisonnées, peinent à suivre la rapidité des opérations illicites.
Une justice modernisée, mais sous contrôle humain
La réponse internationale prévoit également une utilisation accrue des technologies dans les enquêtes et le fonctionnement des tribunaux. La numérisation des procédures, l’analyse de données et certains outils d’intelligence artificielle pourraient améliorer le traitement des dossiers et faciliter la coopération judiciaire.
Cette modernisation comporte néanmoins ses propres risques. Les Nations unies insistent sur la nécessité de maintenir un contrôle humain, de garantir la transparence des systèmes automatisés et de protéger les données personnelles.
Une justice plus rapide ne saurait se construire au détriment des droits fondamentaux. Les biais algorithmiques, les erreurs d’identification et les usages disproportionnés de la surveillance doivent rester soumis à des garanties juridiques effectives.
De la déclaration aux résultats attendus
L’avancée majeure du Congrès réside dans les engagements pris pour accompagner la Déclaration d’Abou Dhabi. Sur les 61 promesses enregistrées, 58 émanent d’États membres et trois d’organisations intergouvernementales. Leur mise en œuvre doit s’étendre jusqu’en 2031.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) assurera leur publication, tandis que la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale accompagnera le suivi des progrès. Ces engagements demeurent toutefois volontaires et ne constituent pas des obligations juridiquement contraignantes.
Pour les pays africains, les enjeux sont particulièrement concrets : renforcer les capacités d’enquête numérique, faciliter les échanges de preuves et protéger les citoyens contre des fraudes opérées au-delà des frontières nationales.
La Déclaration d’Abou Dhabi marque ainsi une étape dans l’adaptation de la justice à l’ère numérique. Mais son efficacité se vérifiera dans la capacité des États à traduire leurs engagements en coopération réelle, en enquêtes abouties et en meilleure protection des victimes.
La Rédaction

