Malgré leur libération, les anciens prisonniers politiques cubains racontent la torture, l’humiliation et une liberté conditionnée
Quatre ans après le soulèvement historique de juillet 2021, Cuba ne s’est toujours pas relevée des blessures de sa répression. Si certains détenus ont été libérés en 2025, leur récit dessine un système carcéral implacable, où la prison se poursuit même au-dehors, sous la forme d’un contrôle policier omniprésent.
Une liberté sous haute surveillance
Les autorités cubaines ont annoncé en janvier 2025 la libération de 553 détenus, après un accord impliquant le Vatican et les États-Unis. Mais parmi eux, au moins 200 étaient des prisonniers politiques, incarcérés pour avoir manifesté pacifiquement contre la pauvreté, les coupures d’électricité et les pénuries alimentaires. Une liberté précaire : les anciens détenus vivent aujourd’hui sous une surveillance permanente de la « sécurité de l’État ». Beaucoup doivent accepter des emplois imposés, pointer régulièrement au commissariat, ou demander la permission pour quitter leur quartier. Ils n’ont légalement rien à se reprocher, mais vivent avec la peur d’une nouvelle arrestation.
Les stigmates des cellules
Human Rights Watch a interrogé 17 d’entre eux. Ils décrivent un quotidien fait d’humiliations, de violences et de négligences. Plusieurs ont été battus pour avoir crié des slogans antigouvernementaux ou protesté contre leurs conditions de détention. Certains ont subi la position dite de « la bicyclette » : menottés, bras levés, forcés de courir jusqu’à l’épuisement.
Dans les prisons visitées – de Guanajay à Mar Verde en passant par Boniato ou Matanzas – les témoignages convergent : surpopulation extrême, rationnement de nourriture, eau sale, cellules infestées, épidémies non traitées. « Si ta famille ne t’apporte pas à manger, tu meurs », a résumé un ancien prisonnier. Beaucoup ont attrapé la gale, la dengue, ou la tuberculose. Protester, c’était risquer l’isolement ou la suppression des visites.
L’exil intérieur des anciens prisonniers
« C’est comme être prisonnier dans la rue », confie l’un d’eux. La répression ne s’arrête pas aux murs des prisons. En avril 2025, José Daniel Ferrer, chef de l’UNPACU, et Félix Navarro, figure du Parti démocratique Pedro Luis Boitel, ont été de nouveau arrêtés. En mai, Donaida Pérez Paseiro, militante yoruba, a aussi été incarcérée après avoir exigé la libération de son mari, encore détenu.
La crise qui perdure
Les raisons du soulèvement de juillet 2021 sont toujours d’actualité. Les pénuries se sont aggravées. Une enquête de 2024 révèle que 7 Cubains sur 10 sautent au moins un repas chaque jour. Les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à 20 heures. Entre 2022 et 2023, plus d’un million de Cubains – soit 10 % de la population – ont quitté le pays.
Silence international ou complicité ?
Le 14 janvier 2025, l’administration Biden avait brièvement retiré Cuba de la liste américaine des États soutenant le terrorisme. Mais six jours plus tard, le président Trump, réélu, a annulé cette décision. Pendant ce temps, la répression continue. Human Rights Watch appelle les gouvernements d’Amérique latine, d’Europe et du Canada à condamner la persécution systématique des dissidents et à soutenir les journalistes et ONG qui bravent la censure sur l’île.
Le rêve d’une liberté conquise dans la rue s’est transformé, pour beaucoup, en cauchemar silencieux. Dans une île en crise, le prix de la parole reste celui de l’emprisonnement.
La Rédaction

