Entre la Côte d’Ivoire et le Mali, la frontière vient de franchir une étape discrète mais déterminante : les deux pays disposent désormais d’un tracé arrêté d’un commun accord. Le prochain enjeu sera beaucoup plus concret. Il faudra transformer cette ligne validée par les experts en une frontière juridiquement consacrée puis physiquement identifiable sur le terrain.
Cette évolution ouvre une nouvelle phase dans un processus qui touche autant à la souveraineté des deux États qu’à la sécurité et à l’organisation quotidienne des espaces frontaliers.
De la ligne sur la carte à la frontière sur le terrain
Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de leur frontière commune après plusieurs étapes de travaux techniques. Une mission conjointe avait notamment été menée dans la zone de Pogo-Zégoua afin de reconnaître le terrain et de disposer des éléments nécessaires à la délimitation.
L’accord ne concerne pas uniquement le dessin de la frontière. Les deux parties ont également validé un avant-projet de traité de délimitation ainsi que le canevas technique qui doit servir aux futures opérations de démarcation et d’abornement.
La nuance est importante : délimiter consiste à déterminer juridiquement le passage de la frontière ; démarquer revient ensuite à la rendre visible sur le terrain, notamment grâce à l’installation de bornes.
Une frontière mieux définie pour mieux la gérer
Pour Abidjan comme pour Bamako, l’enjeu dépasse donc la cartographie. Une frontière clairement matérialisée facilite l’administration des territoires, réduit les risques de différends liés à son emplacement et fournit un cadre plus précis à la coopération entre autorités locales et nationales.
Cette clarification prend également une dimension particulière dans une région où les espaces frontaliers concentrent des enjeux de circulation des personnes et des marchandises, de commerce transfrontalier et de sécurité.
Le processus montre surtout que, malgré un environnement régional politiquement complexe, la coopération technique entre la Côte d’Ivoire et le Mali continue de produire des accords sur des questions directement liées à leur souveraineté.
Le traité comme prochaine étape
Le dossier quitte désormais progressivement le terrain des experts pour rejoindre celui des gouvernements. L’avant-projet devra conduire à la signature du Traité de délimitation de la frontière commune par les autorités ivoiriennes et maliennes.
Parallèlement, la mise en place du canevas nécessaire aux opérations d’abornement est annoncée avant la fin de l’année 2026.
La véritable mesure de l’accord ne sera donc pas seulement la ligne sur laquelle Abidjan et Bamako viennent de s’entendre. Elle résidera dans leur capacité à la traduire en une frontière reconnue, matérialisée et administrée conjointement.
La Rédaction
Sources : Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI) ; travaux de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali.

