Le recul de la déforestation atteint un niveau inédit depuis le début des relevés brésiliens en 1988. Mais les incendies qui se multiplient en octobre rappellent que la protection de l’Amazonie ne se résume pas à empêcher l’abattage des arbres. Entre avancées des politiques publiques et sécheresse, la forêt reste exposée.
L’Amazonie brésilienne enregistre sa plus faible perte annuelle de forêt en près de quarante ans. Selon les données de l’Institut national de recherches spatiales (INPE), publiées le 16 octobre, 3 335 km² ont été déboisés entre août 2025 et juillet 2026, contre 5 731 km² durant les douze mois précédents. La diminution atteint 41,8 %. Cette annonce donne au gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva un résultat tangible dans sa politique environnementale. Elle intervient toutefois au moment où d’autres images, celles des incendies et des villes enveloppées de fumée, rappellent la fragilité de ce progrès.
Une baisse historique, mais pas une forêt sauvée
Le précédent minimum annuel remontait à 2012, avec 4 571 km² déboisés. L’amélioration concerne plusieurs États historiquement touchés par les défrichements, notamment le Pará et le Mato Grosso. Elle s’étend aussi au Cerrado, immense région de savanes au sud et à l’est de l’Amazonie, où la surface déboisée a reculé de 23,8 % sur un an.
La reprise des contrôles environnementaux, la surveillance satellitaire et les mesures contre les défrichements illégaux ont contribué à cette tendance, selon les autorités et des spécialistes de la conservation. Mais le chiffre reste considérable : 3 335 km² représentent une superficie forestière définitivement transformée ou supprimée sur la période étudiée. Il serait donc prématuré de parler d’une victoire définitive.
En octobre, l’autre menace prend de l’ampleur
Les statistiques du déboisement s’arrêtent à juillet. Elles ne décrivent pas la situation des feux observés depuis le début d’octobre, dans une forêt rendue plus vulnérable par la sécheresse. Dans le seul État de l’Amazonas, 1 558 foyers de chaleur ont été détectés du 1er au 12 octobre, contre 329 sur la même période en 2025, d’après la défense civile locale. La fumée a perturbé la vie quotidienne à Manaus, où des activités scolaires ont été suspendues.
Ces deux indicateurs doivent être distingués. Le déboisement mesure la disparition de surfaces boisées ; les foyers de chaleur signalent une activité thermique repérée par satellite et ne correspondent pas automatiquement à autant d’incendies indépendants ni à une même surface détruite. Les feux peuvent néanmoins dégrader des forêts encore debout, affaiblir les écosystèmes et aggraver les risques sanitaires pour les habitants.
La protection de l’Amazonie à l’épreuve de la durée
Le Brésil s’est fixé pour objectif de mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Pour y parvenir, il devra poursuivre les contrôles, protéger les territoires les plus exposés et améliorer la prévention des incendies. Le 16 octobre, la banque publique BNDES a notamment annoncé un financement destiné à renforcer, grâce à l’intelligence artificielle, la surveillance de la végétation, des dégradations et des risques de feu.
Le contraste entre le record de recul des défrichements et les incendies d’octobre résume le défi brésilien. Réduire la destruction directe des arbres est un progrès mesurable ; maintenir une forêt vivante, malgré le réchauffement et les usages illégaux du feu, exige un effort constant. Pour l’Amazonie, la bataille ne se gagne pas sur une seule année.
La Rédaction

