En créant la Guinéenne des transports maritimes (Guitram), Conakry entend tirer profit de son droit à transporter jusqu’à 50 % de ses exportations de bauxite sur des navires sous pavillon national.
Alors que ses exportations de bauxite ont été multipliées par quatre en cinq ans, la Guinée franchit une étape décisive pour récupérer une part plus importante de la valeur générée par cette ressource stratégique. L’État vient de lancer la Guinéenne des transports maritimes (Guitram), une nouvelle société publique qui disposera de sa propre flotte, avec un objectif clair : reprendre le contrôle du transport maritime de la bauxite.
Selon le code minier guinéen, les autorités disposent d’un droit reconnu mais longtemps peu appliqué : celui d’assurer le transport de jusqu’à 50 % des volumes exportés sur des navires battant pavillon guinéen. Jusqu’ici, cette disposition est restée théorique, faute d’outil opérationnel. Désormais, la Guitram va changer la donne.
« En moyenne, le transport d’une tonne de bauxite génère entre 15 et 25 dollars. C’est une part importante des revenus qui échappait jusqu’à présent à l’économie guinéenne », explique Oumar Barry Totyia, directeur de l’Observatoire des mines et des métaux.
Un outil stratégique : l’index GBX
La Guinée ne s’arrête pas là. Conakry annonce également la création d’un index bauxite — le GBX — afin de mieux encadrer les fluctuations du prix de la bauxite sur les marchés internationaux. Ce nouvel indicateur vise à renforcer la transparence, la standardisation et la capacité de négociation de l’État guinéen dans un marché encore peu régulé.
« L’index GBX permettra de rapprocher la bauxite guinéenne des standards internationaux, comme cela existe pour le pétrole ou le cuivre. Cela facilitera la fixation de prix de référence, notamment vis-à-vis de la Chine, premier acheteur mondial », poursuit M. Totyia.
Aujourd’hui, le prix de la bauxite guinéenne varie entre 35 et 80 dollars la tonne selon les contrats. Une fourchette large, qui reflète une volatilité problématique pour un pays qui tire l’essentiel de ses exportations de cette matière première.
Une ambition : faire de la bauxite un levier de souveraineté économique
Avec la montée en puissance de ses exportations et la multiplication des infrastructures minières, la Guinée veut que la rente de la bauxite ne soit plus captée uniquement par les multinationales. Le développement du transport maritime national et la mise en place de l’index GBX marquent un tournant vers une gestion plus souveraine et plus rentable de ses ressources.
Ce changement de paradigme pourrait aussi inspirer d’autres pays africains exportateurs de matières premières brutes, souvent dépendants des circuits logistiques et des systèmes de tarification dominés par des acteurs étrangers.
La Rédaction

