L’idée peut sembler ambitieuse, presque irréaliste : créer une ligue professionnelle de basketball en Europe, pilotée directement par la NBA. Et pourtant, c’est bien le projet qu’Adam Silver, son infatigable commissaire, entend concrétiser. L’enjeu dépasse la simple expansion marketing. Il s’agit d’intégrer à la source un vivier de talents devenu incontournable dans la construction du basketball mondial.
Car l’équilibre des forces a déjà changé : un quart des joueurs NBA cette saison sont nés hors des États-Unis, et plus de la moitié d’entre eux viennent d’Europe. Depuis six ans, le titre de MVP échappe aux Américains. Les n°1 des deux derniers drafts sont français. Et depuis 2010, jamais une draft n’a eu lieu sans accueillir au moins dix joueurs étrangers.
Silver a compris qu’il ne suffit plus de repérer ces pépites une fois adultes. Il veut intervenir en amont, là où elles se forment, dans les académies européennes qui ont donné naissance à des joueurs comme Wembanyama, Dončić, Jokić ou Antetokounmpo.
Le modèle européen, hérité des systèmes sportifs continentaux, s’oppose radicalement à celui des États-Unis. Ici, pas d’équipes scolaires ni de circuits AAU surchargés. Les jeunes intègrent très tôt des structures de clubs professionnels. À 13 ans, certains vivent déjà en internat, s’entraînent tous les jours, apprennent à jouer collectivement. Chaque semaine, un match parfois deux vient ponctuer des heures de travail individuel et collectif. À Belgrade, Madrid, Berlin ou Cholet, c’est cette rigueur méthodique qui façonne les futurs géants.
Dans cette architecture, les académies ne sont pas seulement des centres d’entraînement, mais de véritables incubateurs. À Berlin, le club Alba travaille dans plus de 100 écoles de la capitale, sensibilise les enfants dès le plus jeune âge et détecte très tôt les talents. À Madrid, l’académie du Real, adossée au prestigieux club de football, héberge, nourrit, éduque et forme plus de 50 jeunes basketteurs chaque année.
Dans les Balkans, l’approche est plus artisanale mais tout aussi exigeante. Le club serbe Mega Basket a découvert Jokić à 17 ans sur la foi d’une simple ligne de statistiques. Il a été logé à Belgrade, intégré dans un programme d’entraînement rigoureux, où on apprend aussi aux intérieurs à dribbler, passer, tirer.
Partout, la philosophie est la même : moins de matchs, plus de pratique, une attention particulière portée aux fondamentaux, à la lecture du jeu, à la notion de collectif. Là où le système américain favorise les individualités, le modèle européen valorise le groupe.
Adam Silver veut créer une ligue qui s’appuierait sur ces structures existantes, en y injectant les moyens et la visibilité de la NBA. Le projet prévoit seize équipes, dont douze seraient permanentes, et associerait les clubs les plus emblématiques d’Europe. L’objectif : ne plus simplement importer des talents européens, mais les former, les encadrer, les faire évoluer dans un écosystème directement connecté à la NBA.
Marco Baldi, directeur d’Alba Berlin, voit dans cette ambition une reconnaissance bienvenue : « C’est une tâche commune. L’Europe forme, la NBA accueille. Collaborer permettrait de garantir que les joueurs atteignent leur plein potentiel. »
Reste à savoir si les grandes puissances européennes comme le Real Madrid ou le FC Barcelone accepteraient de passer sous pavillon NBA. La question est aussi politique que sportive. Mais l’enthousiasme d’Adam Silver ne faiblit pas. Il sait que c’est là que se joue l’avenir de son sport.
La Rédaction

