Alors que le programme des Centres d’excellence africains souffle ses dix bougies, la capitale togolaise, Lomé, s’impose comme l’un des pôles scientifiques les plus dynamiques du continent. Porté par le CERSA, le Togo illustre avec brio la montée en puissance d’une recherche appliquée au service du développement.
En juin 2025, les projecteurs se braquent sur Lomé, où le Centre d’excellence régional sur les sciences aviaires (CERSA) multiplie les innovations à fort impact. Dix ans après le lancement du programme panafricain des Centres d’excellence africains (CEA), l’heure est au bilan – et Lomé fait figure de modèle.
Le CERSA, un laboratoire d’avenir made in Togo
Financé par la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), le CERSA s’est imposé en quelques années comme une référence continentale. L’une de ses avancées les plus remarquées concerne la valorisation des larves de mouches « soldats noirs » dans l’alimentation des poissons. Cette solution, durable et peu coûteuse, a déjà été adoptée par des entreprises togolaises comme Lofty Farm, spécialisées dans la pisciculture.
« Grâce aux larves issues de nos recherches, nous réduisons de 20 % le coût des aliments pour poissons », explique Pierrot Akakpovi, PDG de l’entreprise. Une innovation née d’une collaboration directe entre chercheurs et industriels, au cœur même de la philosophie des CEA.
Lomé, moteur discret d’une transformation africaine
Pour le professeur Jacob Kokou Tona, directeur du CERSA, l’impact dépasse les laboratoires : « Ces financements sont une bouffée d’oxygène pour l’université. Ils permettent d’élever le niveau de la recherche, de moderniser les formations et de créer des ponts avec le secteur privé. »
Ce modèle togolais séduit. Les jeunes talents formés au CERSA viennent du Burkina Faso, du Bénin, du Cameroun ou du Sénégal. Ils bénéficient de stages intégrés, de débouchés concrets, et surtout, d’une formation africaine pensée pour l’Afrique.
Une décennie de résultats concrets
Depuis 2015, le programme des Centres d’excellence africains a permis de former plus de 90 000 étudiants dans vingt pays, dont un tiers diplômés de master ou doctorat. Plus de 18 000 stages professionnels ont facilité leur insertion dans les entreprises locales. Les domaines couverts vont de l’agriculture intelligente à la cybersécurité, en passant par la médecine, l’énergie ou les changements climatiques.
Dans un contexte de compétition mondiale, cette montée en gamme scientifique représente un changement d’échelle pour l’enseignement supérieur africain. La ministre de l’Enseignement supérieur du Malawi parle même d’un nouvel élan d’« afro-optimisme » : une Afrique qui croit en ses capacités, forme ses élites chez elle, et innove pour son propre avenir.
La Rédaction

