La confrontation entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila prend une nouvelle dimension. Kinshasa accuse l’ancien président de servir les intérêts du Rwanda en donnant une apparence congolaise à la rébellion. De son côté, Kabila présente son engagement politico-militaire comme une réponse à la crise du pouvoir. Deux lectures opposées qui accentuent la fracture politique nationale.
En République démocratique du Congo, la guerre dans l’Est devient aussi une bataille pour imposer un récit politique. Dans une intervention diffusée récemment par la présidence, Félix Tshisekedi a accusé son prédécesseur, Joseph Kabila, d’agir sous l’influence du président rwandais Paul Kagame.
Selon le chef de l’État congolais, l’entrée officielle de Kabila à la tête de la rébellion répondrait à une stratégie de Kigali : donner au conflit l’apparence d’une confrontation intérieure plutôt que celle d’une intervention étrangère. Une accusation politique dont les modalités précises ne sont pas publiquement établies.
Une nouvelle direction pour élargir la contestation
Depuis le 12 octobre, Joseph Kabila dirige le Front pour la refondation de la nation (FRN), organisation politico-militaire constituée autour des principaux responsables de l’ancienne coalition AFC/M23.
Cette restructuration donne à la rébellion une figure nationale connue, ayant exercé la présidence de 2001 à 2019. Elle traduit également l’ambition affichée du mouvement d’étendre sa contestation du pouvoir au-delà des territoires orientaux.
Le soutien militaire rwandais au M23 est documenté par des experts des Nations unies et dénoncé par Kinshasa, tandis que Kigali rejette ces accusations. L’existence de cet appui ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir les conditions dans lesquelles Kabila a décidé de prendre la direction du FRN.
Kabila revendique une rupture politique
Dans un entretien accordé à un média en ligne, l’ancien président remet en question la possibilité d’une alternance par les élections et défend l’idée d’une transformation profonde des institutions.
Cette position alimente les inquiétudes concernant l’articulation entre opposition politique et recours à la force armée. Elle contraste avec les démarches de dialogue défendues par d’autres acteurs congolais.
La souveraineté au centre du conflit
Derrière les accusations réciproques se joue une question déterminante : la crise doit-elle être traitée principalement comme une agression extérieure ou comme une confrontation politique nationale ?
Les deux dimensions ne s’excluent pas nécessairement. Mais leur instrumentalisation risque d’accentuer les divisions et de compliquer les initiatives diplomatiques.
Pour la RDC, l’urgence demeure de protéger les populations et de rechercher une issue politique sans légitimer la violence armée.
La Rédaction

