Dans les atlas, les frontières semblent couvrir chaque parcelle du globe. Pourtant, quelques territoires échappent aux revendications nationales. Leur point commun n’est pas l’absence d’histoire, mais un calcul politique, une frontière mal tracée ou un isolement qui les rend presque inaccessibles.
En Antarctique, l’immensité à l’écart
La Terre de Marie Byrd s’étend sur plus de 1,6 million de kilomètres carrés. Aucun État n’en revendique la souveraineté. La région est si éloignée que, même à l’échelle de l’Antarctique, elle demeure difficile d’accès. Les pays qui ont formulé des revendications sur d’autres parties du continent n’ont pas étendu leurs prétentions jusque-là. Depuis 1959, le Traité sur l’Antarctique encadre les activités du continent et interdit toute nouvelle revendication territoriale pendant sa durée. Il gèle les prétentions sans régler définitivement la question de la souveraineté.
Bir Tawil, le prix d’une frontière
À la frontière entre l’Égypte et le Soudan, Bir Tawil est pris dans un paradoxe hérité de deux tracés britanniques, dessinés en 1899 et en 1902. Chaque pays s’appuie sur une ligne différente pour revendiquer le triangle de Hala’ib, territoire plus convoité, qui donne accès à la mer Rouge. Reconnaître l’autre tracé reviendrait à fragiliser cette revendication. Bir Tawil reste ainsi sans revendication officielle des deux côtés. En 2014, l’Américain Jeremiah Heaton y a planté un drapeau et proclamé son propre royaume, espérant faire de sa fille une princesse. L’initiative n’a reçu aucune reconnaissance.
Gornja Siga, un pays proclamé sans être reconnu
Le long du Danube, Croates et Serbes ne s’accordent pas sur le tracé de leur frontière : Zagreb s’appuie sur d’anciennes limites cadastrales, Belgrade sur le cours actuel du fleuve. Les modifications du lit du Danube ont ainsi laissé plusieurs parcelles au cœur du désaccord. Gornja Siga, une zone boisée, est présentée comme n’étant revendiquée par aucun des deux pays. En 2015, le Tchèque Vít Jedlička y a proclamé Liberland. Aucun État ne reconnaît cette micronation, et le statut du territoire reste lié au différend frontalier.
Ces terres ne sont pas des espaces vierges que l’on pourrait s’approprier en y plantant un drapeau. Elles rappellent que les frontières sont aussi des choix politiques : parfois, un État préfère ne pas réclamer une parcelle pour préserver une revendication plus importante ailleurs.
La Rédaction

