Après avoir dénoncé une possible offensive de l’ancien président, Kinshasa demande désormais à l’opposition de clarifier sa position. Une nouvelle confrontation qui déborde le conflit de l’Est et menace de refermer l’espace d’un dialogue politique déjà contesté.
En République démocratique du Congo, l’alliance de Joseph Kabila avec les dirigeants du M23 produit un effet politique immédiat à Kinshasa. Le 16 octobre, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a accusé l’ancien chef de l’État de préparer une offensive d’envergure. Aucune preuve publique d’un plan militaire précis n’a toutefois accompagné cette accusation. Depuis, le débat s’est déplacé vers l’opposition et les conditions d’un éventuel dialogue national.
Une rébellion qui revendique une ambition nationale
Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), aux côtés de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga. La nouvelle structure succède à l’Alliance Fleuve Congo et revendique la possibilité de combattre le pouvoir par la force. Elle entend élargir à l’ensemble du pays une contestation jusque-là principalement ancrée dans l’Est, où le M23 contrôle notamment Goma et Bukavu.
L’opposition sommée de se positionner
Dans une intervention diffusée le 18 octobre, Patrick Muyaya a interpellé la Coalition Article 64 (C64), qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Delly Sesanga. Ses responsables défendaient un dialogue incluant les acteurs influents de la crise, y compris Kabila. Le gouvernement leur demande désormais de préciser leur attitude face au choix politico-militaire de l’ancien président. Cette mise en demeure politique ne signifie cependant pas que les membres de la C64 soutiennent la rébellion.
Doha, autre point de tension
La recomposition pose aussi la question des engagements négociés à Doha entre Kinshasa et l’AFC-M23. Le FRN affirme vouloir poursuivre les discussions, mais son nouveau commandement complique la recherche d’un interlocuteur reconnu. Parallèlement, la suspension des activités de treize partis, dont le PPRD de Kabila, accentue les inquiétudes sur les libertés politiques.
Pour les Congolais, l’enjeu dépasse la rivalité entre anciens alliés : empêcher que la guerre de l’Est et la confrontation institutionnelle ne s’alimentent mutuellement, au détriment d’une sortie de crise.
La Rédaction

