Condamné à mort en Arabie saoudite pour un commentaire jugé blasphématoire sur Facebook, Anojan Sivarasa, un travailleur migrant sri-lankais de 24 ans, a vu sa sentence annulée par la Cour suprême saoudienne le 13 octobre 2026. Cette décision, obtenue après une mobilisation diplomatique et judiciaire de Colombo, ne signifie toutefois pas sa libération. Son affaire révèle la sévérité des sanctions liées à l’expression religieuse et la vulnérabilité des travailleurs étrangers dans le royaume.
Tout commence le 28 juin 2026. Anojan Sivarasa, employé dans le bâtiment en Arabie saoudite depuis une dizaine de mois, réagit en tamoul à une vidéo diffusée sur Facebook. Son commentaire est considéré par certains internautes comme offensant envers le prophète Mahomet.
Face aux réactions, le jeune homme supprime son message et publie une vidéo d’excuses. Mais une capture d’écran aurait déjà été transmise à son employeur et aux autorités. Le 1er juillet, il est arrêté à Dammam, dans l’est du pays.
Pour ce travailleur qui soutient financièrement sa famille au Sri Lanka, une publication sur les réseaux sociaux devient alors le point de départ d’une procédure judiciaire aux conséquences considérables.
D’une peine de prison à une condamnation capitale
Le 27 juillet, le tribunal pénal d’Al-Ahsa condamne Anojan Sivarasa à cinq années d’emprisonnement et à une amende de trois millions de riyals saoudiens, soit environ 800 000 dollars, sur le fondement de la législation contre la cybercriminalité.
Le parquet et la défense font appel. Le 17 septembre, la Cour d’appel de la Province de l’Est aggrave la sanction en prononçant la peine de mort pour offense au prophète Mahomet.
La décision provoque une profonde inquiétude au sein de sa famille et suscite une mobilisation au Sri Lanka. Human Rights Watch dénonce une peine disproportionnée pour des propos publiés sur Internet, rappelant que le droit international limite l’application de la peine capitale aux crimes les plus graves.
La mobilisation diplomatique change le cours de l’affaire
Le gouvernement sri-lankais engage des démarches auprès des autorités saoudiennes et mobilise une équipe de juristes. Un recours est déposé devant la Cour suprême saoudienne le 11 octobre.
Deux jours plus tard, la haute juridiction annule la condamnation à mort. Le 14 octobre, le vice-ministre sri-lankais des Affaires étrangères, Arun Hemachandra, rend cette décision publique et salue les efforts conjoints des diplomates et des avocats.
Selon des informations publiées le 18 octobre par le Sunday Times sri-lankais, la défense a notamment contesté la fiabilité de certains éléments de la confession attribuée au jeune homme, en soulevant des ambiguïtés de traduction.
Ce retournement judiciaire constitue un soulagement majeur pour sa famille. Mais l’annulation de la sentence capitale ne met pas définitivement fin aux poursuites.
Une vie épargnée, une liberté encore incertaine
La Cour suprême a renvoyé le dossier devant une juridiction pénale pour un nouvel examen, selon les précisions communiquées par un avocat de la défense. Au 18 octobre, aucune libération officielle d’Anojan Sivarasa n’avait été confirmée.
L’affaire intervient dans un pays où la peine de mort reste largement appliquée. Selon Human Rights Watch, au moins 356 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite en 2025, un record annuel depuis le début du suivi statistique de l’organisation.
Elle soulève également la question de la protection des travailleurs migrants, souvent dépendants de leur employeur et confrontés à des systèmes judiciaires dont ils maîtrisent difficilement la langue et les procédures.
Pour Anojan Sivarasa, l’annulation de la peine capitale écarte une menace immédiate, sans clore son combat judiciaire. Son avenir dépend désormais d’une nouvelle décision de justice. Au-delà de son sort personnel, cette affaire interroge la proportionnalité des sanctions pénales et la protection de la liberté d’expression dans un contexte religieux particulièrement sensible.
La Rédaction
Sources et références
- Human Rights Watch, « Arabie saoudite : Condamné à mort pour un post Facebook », 13 octobre 2026, actualisé le 16 octobre.
- Gouvernement du Sri Lanka, « Saudi Supreme Court Overturns Death Sentence of Sri Lankan Anojan Sivarasa », 14 octobre 2026.
- The Sunday Times, Sri Lanka, « How legal and diplomatic efforts saved Anojan from death row », 18 octobre 2026.
- Fact Crescendo Sri Lanka, vérification concernant la prétendue libération et le retour d’Anojan Sivarasa, 16 octobre 2026.

