Dans les régions des Savanes, de la Kara et de la Centrale, les tensions communautaires constituent un défi de sécurité qui dépasse les seuls affrontements visibles. Une étude conduite par WANEP-Togo a recensé plus de 242 conflits, révélant l’accumulation de différends non résolus et l’affaiblissement de certains mécanismes de médiation. Dans un environnement marqué par la menace de l’extrémisme violent, ces fractures locales deviennent un enjeu majeur de prévention.
La sécurité des territoires ne dépend pas uniquement de la surveillance des frontières. Elle repose également sur la capacité des communautés à résoudre leurs désaccords avant qu’ils ne dégénèrent. C’est cette dimension souvent moins visible que met en évidence une cartographie des conflits réalisée dans trois régions du Togo.
Présenté à Kara le 15 octobre, le rapport provisoire identifie des tensions foncières, des différends entre agriculteurs et éleveurs, des rivalités autour de la chefferie traditionnelle et des oppositions intercommunautaires. Leur persistance peut fragiliser les relations sociales et compliquer les efforts de stabilisation.
Des tensions locales aux risques sécuritaires
L’étude souligne une préoccupation particulière : l’interaction possible entre conflits communautaires, criminalité transfrontalière et extrémisme violent. Des griefs durablement ignorés peuvent nourrir la défiance envers les institutions et rendre certaines populations plus vulnérables aux discours de recrutement.
Cette vulnérabilité concerne notamment les jeunes confrontés à des perspectives économiques limitées. Elle ne signifie toutefois pas que les 242 conflits recensés soient directement liés à des organisations extrémistes.
Pour les autorités, l’enjeu consiste à identifier les foyers de tension, comprendre leurs causes et intervenir avant leur aggravation.
Faire de la médiation un instrument de prévention
Réalisée par WANEP-Togo avec ASCNA-HO, dans le cadre d’un projet financé par Pain pour le Monde, la cartographie doit contribuer à orienter les interventions des autorités et des acteurs communautaires.
Les participants à la rencontre de Kara ont élaboré une feuille de route pour diffuser les résultats et améliorer leur utilisation. Le document doit encore intégrer les observations formulées avant sa finalisation.
Le préfet de la Kozah, le colonel Bonfo Faré, a notamment insisté sur la nécessité de disposer de données adaptées aux réalités locales pour renforcer les mécanismes de règlement pacifique des différends.
Au-delà du diagnostic, le véritable défi sera de traduire ces informations en médiations accessibles, en réponses aux griefs et en dispositifs d’alerte efficaces. Dans le nord du Togo, prévenir l’extrémisme violent implique aussi de préserver la confiance entre communautés et de traiter les conflits ordinaires avant qu’ils ne deviennent des crises durables.
La Rédaction

