La faim recule légèrement à l’échelle mondiale, mais ses formes les plus extrêmes progressent dans les régions dévastées par les conflits. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre, les Nations unies ont dénoncé une contradiction majeure : alors que la planète produit suffisamment de nourriture, des millions de civils restent privés d’un accès vital à l’alimentation. Au Soudan comme à Gaza, la famine révèle désormais les conséquences des guerres, des entraves humanitaires et de l’impunité.
Environ 645 millions de personnes ont souffert de la faim en 2025, selon les chiffres rappelés par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Cette diminution globale ne traduit pourtant pas une amélioration uniforme. Dans plusieurs territoires en guerre, les populations subissent des privations alimentaires d’une gravité exceptionnelle.
La faim chronique et la famine correspondent à des réalités différentes. La première traduit une insuffisance alimentaire durable ; la seconde désigne une situation extrême, caractérisée par des seuils précis de malnutrition et de mortalité. C’est cette aggravation des crises les plus sévères qui préoccupe les organisations internationales.
Au Soudan et à Gaza, la nourriture au cœur des conflits
Au Soudan, plus de trois années de guerre ont profondément désorganisé la production agricole, les marchés et les circuits d’approvisionnement. En mai 2026, près de 19,5 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë élevée, dont 135 000 dans la catégorie la plus grave.
Au Darfour et au Kordofan, les déplacements forcés, les combats et les difficultés d’accès humanitaire accentuent la vulnérabilité des civils. À Gaza, où la famine avait été confirmée en 2025, les améliorations liées au cessez-le-feu demeurent fragiles, notamment pour les jeunes enfants.
La rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Sofía Monsalve Suárez, dénonce le recours à la privation alimentaire comme instrument de guerre et l’insuffisance des mécanismes de responsabilité.
Détruire des infrastructures agricoles, empêcher l’acheminement des secours ou bloquer l’approvisionnement peut mettre des populations entières en danger. Toutefois, qualifier juridiquement ces actes d’utilisation intentionnelle de la famine comme méthode de guerre exige d’en établir les circonstances et les responsabilités.
Des routes commerciales perturbées, des prix sous pression
Les conséquences des conflits dépassent les zones directement touchées. Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur les perturbations simultanées du détroit d’Ormuz, de Bab el-Mandeb et de la mer Noire, trois passages essentiels au transport de marchandises.
Ces tensions renchérissent le carburant, les engrais et les frais maritimes. En septembre, seize pays connaissaient une inflation alimentaire supérieure à 15 %, contre dix en janvier. Les économies dépendantes des importations, particulièrement en Afrique et au Moyen-Orient, restent exposées.
À ces difficultés s’ajoute le phénomène climatique El Niño. Selon les projections du PAM, ses effets pourraient faire basculer 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici fin 2027, dans 45 pays.
Nourrir les populations, une question de responsabilité
Les innovations agricoles, les prévisions climatiques et les outils numériques offrent de nouvelles possibilités pour anticiper les crises. Mais leur efficacité dépend des financements, de l’accès aux territoires et de la capacité des États à protéger les populations.
La lutte contre la faim ne peut donc se limiter à produire davantage. Elle suppose de préserver les circuits alimentaires, de garantir l’accès humanitaire et de faire respecter le droit international.
Le paradoxe demeure : le monde dispose des ressources nécessaires pour nourrir sa population, mais les guerres et les inégalités d’accès continuent de transformer la nourriture en enjeu de survie. Face au retour des famines, protéger les civils devient aussi urgent que leur apporter des vivres.
La Rédaction
Source et références
- Nations unies, ONU Info, « La faim recule dans le monde, mais la famine revient comme arme de guerre », 16 octobre 2026.
- Programme alimentaire mondial (PAM), communiqué du 16 octobre 2026 sur la Journée mondiale de l’alimentation.
- Programme alimentaire mondial (PAM), Rapport mondial sur les crises alimentaires 2026.

