En République centrafricaine, la prochaine saison de transhumance ravive les inquiétudes autour des terres agricoles, des pâturages et des points d’eau. À Nola, dans la Sangha-Mbaéré, autorités et communautés cherchent à désamorcer les tensions avant qu’elles ne dégénèrent. Mais les dispositifs locaux de médiation restent encore insuffisants.
En Centrafrique, le déplacement saisonnier des troupeaux constitue une activité économique essentielle, mais aussi une source récurrente de tensions entre agriculteurs et éleveurs. Des cultures piétinées, des couloirs de passage contestés ou l’accès difficile aux points d’eau peuvent suffire à déclencher des affrontements entre communautés. À l’approche de la campagne 2026-2027, les autorités cherchent désormais à privilégier la prévention plutôt que les interventions après les violences.
Cette priorité était au centre des concertations organisées les 12 et 13 octobre à Nola, dans la préfecture de la Sangha-Mbaéré. Avec l’appui de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA), 48 représentants des communautés, des services techniques et des autorités locales ont examiné les difficultés de la précédente saison et les mesures nécessaires pour sécuriser les prochains déplacements du bétail.
Des conflits qui dépassent les simples dégâts agricoles
Les tensions naissent généralement lorsque les troupeaux traversent des champs cultivés ou empruntent des itinéraires non reconnus. Les différends peuvent ensuite provoquer des représailles, notamment l’abattage de bétail, le blocage des routes et parfois des affrontements communautaires.
Pour Mboui Abdou, responsable local du développement agricole, une meilleure sensibilisation des deux communautés demeure indispensable. Les éleveurs doivent respecter les couloirs de transhumance, tandis que les agriculteurs sont invités à éviter d’installer leurs cultures sur ces passages.
Des comités de médiation encore peu opérationnels
La principale faiblesse identifiée concerne les mécanismes de règlement des différends. Sur les cinq comités de médiation prévus dans la préfecture, seuls deux ont été créés avec l’appui de la MINUSCA. Ils n’ont cependant pas encore reçu les formations nécessaires pour intervenir efficacement.
Les participants ont donc recommandé de renforcer leurs compétences, de les équiper en moyens de communication et de faciliter leurs déplacements. Une implication accrue du Comité local de paix et de réconciliation est également envisagée afin de résoudre rapidement les différends.
Une prévention qui doit dépasser les réunions
Cette mobilisation s’inscrit dans une démarche plus large, également engagée dans d’autres préfectures centrafricaines, notamment la Lobaye et la Haute-Kotto. Partout, l’objectif reste de mieux organiser la circulation des troupeaux tout en protégeant les activités agricoles.
Pour les communautés rurales, l’enjeu est autant économique que sécuritaire. Les éleveurs doivent pouvoir accéder aux pâturages, tandis que les agriculteurs ont besoin de préserver leurs récoltes et leurs moyens de subsistance.
Les discussions de Nola constituent ainsi une étape préparatoire. Leur efficacité dépendra désormais de la formation des médiateurs, du respect des accords locaux et de la capacité des autorités à intervenir avant que les désaccords ne se transforment en violences.
La Rédaction

